Une saison des fraises 2026 en demi-teinte
La saison des fraises de printemps touche bientôt à sa fin, avec près de dix jours d’avance. Retour sur une saison en demi-teinte avec Michel Piquet, vice-président de l’AOPn* Fraises et framboises de France, ainsi que Thomas Piquet, fraisiculteur à Soings-en-Sologne (Loir-et-Cher) et membre du bureau du Cadran de Sologne.
La saison des fraises de printemps touche bientôt à sa fin, avec près de dix jours d’avance. Retour sur une saison en demi-teinte avec Michel Piquet, vice-président de l’AOPn* Fraises et framboises de France, ainsi que Thomas Piquet, fraisiculteur à Soings-en-Sologne (Loir-et-Cher) et membre du bureau du Cadran de Sologne.
C’est autour du 10 avril qu’a débuté la saison des fraises de la variété gariguette cette année sur les deux hectares cultivés à Soings-en-Sologne (Loir-et-Cher) par Thomas Piquet, fraisiculteur et membre du bureau du Cadran de Sologne, soit une avance d’au moins dix jours par rapport aux autres années. Cette précocité n’a pas été sans conséquence sur le marché. « Les fraises sont arrivées un peu tôt, concurrençant de fait celles du Sud-Ouest », explique Michel Piquet, vice-président de l’AOPn* Fraises et framboises de France. L’impact sur les marchés a été immédiat, avec des prix plutôt bas, « sans être catastrophiques mais légèrement en dessous du seuil de rentabilité », précise-t-il.
Une saison mitigée mais intéressante
Avec un climat chaud et sec, les gariguettes ont été abondantes en volume durant le mois d’avril, mais avec des prix faibles. « Au début de la saison, on a eu quelques inquiétudes tout de même », estime Michel Piquet. Durant le mois de mai, la pousse des fraises s’est ralentie et les cours du marché se sont améliorés, permettant de rattraper en partie le mois d’avril. Malgré ce contexte en demi-teinte, Michel Piquet livre une analyse nuancée : « C’est une saison intéressante, car elle montre aussi la capacité des producteurs à s’adapter et à être résilients ».
Le collectif a également joué un rôle clé pour éviter une année médiocre. Cette année, l’AOPn Fraises et framboises de France avait misé sur une importante campagne de communication à l’échelle nationale. Résultat : durant près de quatre semaines consécutives, ce sont entre 1 300 et 1 400 tonnes de fraises qui se sont écoulées chaque semaine, contre environ 1 000 tonnes en temps normal. « Je craignais le marasme pour les producteurs en avril mais j’ai été conforté par l’importance de l’AOP pour nos productions », affirme Michel Piquet.
Des solutions biologiques mises en place
Même s’il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif, le résultat économique de l'année 2026 sera en deçà des trois dernières saisons. Toutefois, cette saison aura « montré que nos productions de fraises tiennent bien », souligne Michel Piquet.
Des productions portées par des fraisiculteurs rigoureux, à l’image de Thomas Piquet. Chaque jour, l’irrigation au goutte-à-goutte est contrôlée afin de vérifier les volumes d’eau et la salinité. « On contrôle tous les jours, c’est indispensable. Je peux même suivre cela en direct depuis une application sur mon téléphone », précise le producteur.
Même exigence sur la gestion des ravageurs. Thomas Piquet adopte des pratiques biologiques via la Protection biologique intégrée (PBI), qui consiste à introduire des insectes auxiliaires parmi les plantations. « Par exemple, contre l’araignée rouge, j’utilise un acarien prédateur, Neoseiulus californicus, qui permet de réguler fortement les populations », précise-t-il.
Ces pratiques restent toutefois coûteuses. « On est proche de 1 300 euros à l’hectare », estime le fraisiculteur. Elles sont issues de travaux de recherche menés par l’AOPn avec des financements exclusivement privés. À titre d’exemple, depuis sept ans, l’AOPn commande des recherches pour trouver des solutions contre les pucerons. « Deux prédateurs ont été identifiés et sont actuellement en essais dans une exploitation de Lot-et-Garonne. On espère des résultats concluants », ajoute Michel Piquet.
Des charlottes jusqu’en novembre
Alors que les gariguettes s’éclipsent progressivement, les charlottes prennent le relais dans les cultures hors-sol de Thomas Piquet. « Au printemps, j’ai près d’un hectare et demi de gariguettes, puis je remplace par des plantations de charlottes qui produiront jusqu’en novembre environ », explique le producteur.
Même sans gariguettes, la récolte de fraises se poursuit pour le plus grand plaisir des consommateurs.
*Association d’organisations de producteurs nationale.