AG FDSEA Île-de-France : le sénateur Laurent Duplomb captive l'auditoire
La FDSEA Île-de-France a tenu son assemblée générale lundi 18 mai à Louveciennes (Yvelines). Retour sur ce temps fort riche en échanges.
La FDSEA Île-de-France a tenu son assemblée générale lundi 18 mai à Louveciennes (Yvelines). Retour sur ce temps fort riche en échanges.
L'assemblée générale de la FDSEA Île-de-France s'est tenue lundi 18 mai à Louveciennes (Yvelines) sous la présidence de Guillaume Moret. Près de 200 personnes ont pris part à ce temps fort syndical. La première partie de l'après-midi, à huis clos, a permis de dérouler les aspects statutaires incontournables, dont le rapport financier et le rapport d'activité. Un large temps d'échanges a ensuite été proposé aux adhérents avec en tribune pour répondre et réagir, le président et le secrétaire général de la FDSEA, Guillaume Moret et Frédéric Arnoult, ainsi que le vice-président de la FNSEA, Franck Sander, et le président de la chambre d'Agriculture Île-de-France, Damien Greffin. Revenus, moyens de production, compétitivité, situation des exploitations céréalières, point jaunisse dans les betteraves, loi d'urgence agricole et stratégie syndicale ont notamment été débattus dans un dialogue franc et direct.
La journée s'est poursuivie avec la partie publique et la désormais traditionnelle émission Radio plaine.
Laurent Duplomb invité de Radio plaine
Il était l'invité phare de l'assemblée générale de la FDSEA Île-de-France, et il a littéralement captivé la salle. Le sénateur Laurent Duplomb était à Louveciennes (Yvelines) lundi 18 mai dans l'émission Radio plaine, le format désormais bien connu des adhérents franciliens. Au micro de l'animateur, Henri Landes, et accompagné de la députée yvelinoise Anne-Sophie Ronceret, également engagée sur les questions agricoles, le sénateur est venu raconter son quotidien depuis la loi Duplomb 1, la bataille qui se joue aujourd'hui autour de la loi d'urgence et sa vision pour l'avenir de l'agriculture française.
« J'ai vécu de nombreuses attaques personnelles depuis le vote de la loi l'été dernier et la pétition aux 2 millions de signatures, mais je refuse de me laisser impressionner par ceux qui voudraient m'empêcher de faire ce pourquoi j'ai été élu, donc j'y retourne », a d'emblée assené le sénateur, lui-même agriculteur, qui raconte avoir été escorté par les gendarmes « chaque matin à 5 heures pour aller s'occuper de ses vaches ». Et de préciser à propos de la pétition : « Elle n'aurait jamais dû être acceptée à l'Assemblée nationale. La présidente a commis une erreur. Cette pétition a instrumentalisé la décision du Conseil constitutionnel ». Sur l'acétamipride, le sénateur enfonce le clou : « Aucune étude scientifique digne de ce nom validée par l'Efsa dit que c'est cancérigène. Aucune ».
Le sénateur explique alors pourquoi il était indispensable de réembarquer l'acétamipride et la flupyradifurone dans la loi d'urgence actuellement en débat au Parlement. « Les amendements concernant la réintroduction de ces molécules ont été jugés irrecevables en commission à l'Assemblée nationale mais au Sénat nous aurons la possibilité de les réintroduire dans l'article 2 et nous le ferons », rassure au passage Laurent Duplomb.
« Le boulet de l'Europe »
Le sénateur livre ensuite son analyse d'une France affaiblie, en perte de compétitivité, devenue « l'homme malade, le boulet de l'Europe ». « Nous sommes dans un pays où tout pousse à ne rien faire. Si la France décline, c'est à 70 % à cause de son manque de compétitivité et de ses normes. Le coût de l'application des normes en Europe en moyenne par pays, c'est 0,5 % du PIB. En Espagne, c'est 0,3 %, en Italie 0,8 %, en Allemagne 0,6 % et en France… 4 % du PIB, soit 120 milliards d'euros, contre 5 milliards en Allemagne. Ne cherchez pas pourquoi c'est plus dur en France qu'ailleurs. Voyez-vous les Allemands manifester pour réclamer les mêmes normes qu'en France parce qu'elles nous protègeraient plus ? Depuis vingt ans, on se rajoute des contraintes supplémentaires, ce sont nous-mêmes qui nous mettons dans une impasse et on a une forme de tétanie dans notre capacité à revenir en arrière sur des erreurs ».
Et le sénateur d'ajouter : « En Belgique, le gouvernement vient d'accorder une autorisation définitive pour l'acétamipride en foliaire ! Ils regardent les difficultés de l'autre côté de la frontière et ils sont prêts à produire x fois plus que nous avec les moyens dont ils disposent. Mais quand allons-nous nous réveiller ? », s'alarme le sénateur.
La bataille de la communication
Outre les combats politiques et idéologiques, Laurent Duplomb a soufflé des pistes de travail aux adhérents présents dans la salle, convaincu que la bataille de la communication mérite d'être menée plus largement et plus offensivement. « Nous avons surfé sur une vague porteuse durant des années, qui a laissé penser que l'agriculture n'avait pas évolué. Cela a éloigné le consommateur de la réalité de la production et aujourd'hui, nous sommes face à une minorité qui terrorise la majorité. Les écologistes ont pris le pouvoir médiatique et nous n'avons pas pris part à l'explication du pourquoi ça a changé. Fermes usines, élevages intensifs, le vocabulaire a transpercé toutes les couches de la société. Il faut reprendre tous ensemble le pouvoir de la communication pour expliquer que l'acte de production n'est pas un gros mot vis-à-vis de l'environnement. On s'est habitués à ne rien dire, aujourd'hui on n'ose plus et ça ce n'est pas normal. On n'a pas à baisser la tête ! »
Revenus, compétitivité, innovation : les autres temps forts de l'Assemblée générale
Parmi les autres invités de l'émission Radio plaine figuraient le président de la FDSEA, Guillaume Moret, le vice-président de la FNSEA, Franck Sander, ainsi que le directeur adjoint de Syngenta, Xavier Thévenot.
En face-à-face, les deux premiers invités ont notamment évoqué les difficultés de revenus, le manque de visibilité et de cohérence politique et « la nécessité de conserver un syndicat fort capable d'aller arracher des victoires ». Dans ce contexte de loi d'urgence agricole, tous deux ont rappelé la nécessité d'aller au contact des parlementaires de son territoire pour convaincre.
De son côté, Xavier Thévenot est intervenu sur la capacité de la France à maintenir sa capacité à produire. Le représentant de Syngenta a alors souligné que 50 % du budget de la firme est consacré à « maintenir les matières actives existantes sur le marché ». Et de poursuivre : « Nous avançons avec des boulets au pied. Il serait très urgent de libérer l'innovation. Nous ne sommes pas inquiets sur la pérennité de l'agriculture française, elle existera toujours, mais la vraie question est qu'est-ce qu'on en fera, quel type d'agriculture on encouragera. La France a besoin d'une agriculture qui innove et qui libère les moyens de production pour lui permettre de déplafonner les rendements et de retrouver de la compétitivité ».
Le rapport moral de Guillaume Moret
À l’occasion de l’assemblée générale de la FDSEA Île-de-France, son président Guillaume Moret a dressé un rapport moral marqué par une année « dense, exigeante et intense », sur fond de crises agricoles, de pression réglementaire et d’incertitudes politiques. Devant les adhérents mais aussi les représentants de l’État et les parlementaires, il a rappelé la mobilisation constante du syndicat « à tous les échelons, européen, national et local » pour défendre « une agriculture de production » et préserver la capacité des exploitations à vivre de leur métier.
Le président de la FDSEA a longuement insisté sur l’importance du travail de terrain mené au plus près des exploitations. Pression administrative, contrôles phytosanitaires, interventions de l’OFB, dégâts de gibier, rodéos sont autant de sujets qui alimentent « un sentiment d’injustice » et accentuent le mal-être agricole. « Nous ne laisserons personne seul face à ces situations », a-t-il assuré, saluant l’engagement des adhérents mobilisés ces derniers mois.
Guillaume Moret a également rappelé son implication dans les grands dossiers nationaux et européens. Parmi les priorités citées figurent la loi d’urgence agricole, l’accès à l’eau, la défense des moyens de production ou encore la compensation intégrale de la hausse du GNR. Sur le plan européen, il a dénoncé les distorsions de concurrence et réaffirmé son opposition à l’accord avec le Mercosur. « L’agriculture ne doit pas être une variable d’ajustement dans les accords internationaux », a martelé le président, plaidant pour une véritable « exception agricole ».
Dans un contexte marqué par les aléas climatiques, la volatilité économique et les débats autour de la future Pac, le responsable syndical a appelé les pouvoirs publics à faire preuve de « courage politique ». Il a notamment insisté sur la nécessité de maintenir des exploitations économiquement viables dans une région soumise à de fortes contraintes foncières et environnementales. Selon lui, « les agriculteurs franciliens doivent pouvoir continuer à investir, innover et produire sans être pénalisés par une accumulation de normes et de charges supplémentaires ».
Le président de la FDSEA a également évoqué la question de l’eau, alors que les agences de bassin travaillent actuellement sur les futures orientations des Sdage (Schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux) 2028-2033. Tout en rappelant que les agriculteurs sont pleinement conscients des enjeux liés à la qualité de la ressource, il a affirmé que la profession ne pouvait accepter des décisions susceptibles d’entraîner une baisse de revenus ou une remise en cause de la rentabilité des exploitations. « Les cultures ont besoin d’eau. Cette ressource est précieuse et doit être gérée avec pragmatisme », a-t-il souligné.
Autre sujet mis en avant : l’énergie et les carburants agricoles. Face à la hausse du coût du GNR, le syndicat réclame une compensation « intégrale » des surcoûts. Dans le même temps, la FDSEA veut croire aux perspectives offertes par les filières alternatives comme le B100 ou l’éthanol, présentées comme des exemples de la capacité d’innovation du monde agricole.
Pour Guillaume Moret, « le déclin agricole n’est pas une fatalité », mais l’inaction pourrait devenir « une faute historique ». « Le revenu et la compétitivité des exploitations demeurent les priorités absolues pour assurer le renouvellement des générations et préserver la souveraineté alimentaire ».
Cette assemblée générale marquait également la première année de mandature après « l’ère Greffin ». Une année qualifiée « d’intense », au cours de laquelle le président a tenu à remercier les élus, les collaborateurs et les adhérents pour leur engagement collectif.
En conclusion, il a appelé la profession à poursuivre la mobilisation : « La décroissance n’est pas notre modèle. Notre ambition est de construire, d’innover et de reconquérir de la valeur ajoutée pour nos exploitations ».