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AgroParisTech : l’innovation agricole à l’honneur à Grignon 📹

AgroParisTech a organisé une Journée de l'innovation agricole à Thiverval-Grignon (Yvelines) jeudi 4 juin. L'occasion pour les participants d'échanger autour des solutions développées pour répondre aux enjeux réels de l’agriculture de demain.

AgroParisTech a organisé, jeudi 4 juin, la troisième édition des Journées de l’innovation agricole à la Ferme de Grignon (Yvelines). Au programme : visites de la ferme, rencontres avec les exposants et échanges autour des enjeux agricoles de demain.

Diversification et réduction des intrants

La profession agricole était notamment représentée par Christian Hubert, agriculteur à Beynes (Yvelines) et fondateur de l’huilerie Plaine de Versailles, qui a participé en tant qu'intervenant à une table ronde consacrée à la diversification des cultures et à la réduction des intrants. « Nous avons voulu reprendre en main la première transformation pour rendre consommables des produits qui ne l'étaient pas », explique-t-il à propos de cette structure qui a permis à une trentaine d'agriculteurs du territoire de développer la production et la valorisation de légumes secs.

Parmi les solutions évoquées lors de cette table ronde : la cameline. « C'est une plante robuste, utile quand on essaie d'avoir les rendements les plus stables possible dans des situations instables. Elle supporte très bien les épisodes de chaleur », raconte Jean-Denis Faure, enseignant-chercheur en physiologie végétale à AgroParisTech. « L'huile de cameline est la plus riche en oméga-3, conseillée par les naturopathes, mais il faut la faire connaître aux consommateurs. Il faut avoir des débouchés, sinon nous ne pourrons pas produire ou nous irons droit dans le mur », pense Christian Hubert.

Samuel Boucher, agriculteur à Courtenay (Loiret) et conseiller indépendant via Phytosol, voit plusieurs freins à la réduction des intrants : « Pour commencer, il faut davantage former les agriculteurs, nous voyons beaucoup de jeunes en recherche de technicité. Deuxièmement, la relation vente-conseil n'est plus possible, mais il n'y a pas assez de conseillers. Enfin, les agriculteurs subissent beaucoup trop de pressions, notamment économiques ».

Méthanisation à la ferme

La diversification des exploitations va parfois au-delà de l'agriculture avec, par exemple, la production d'énergie et notamment la méthanisation, thème d'une autre table ronde. « Le projet de méthaniseur à la ferme remonte à 2018 et a vu le jour en 2020. Nous ne maîtrisons rien sur nos prix de vente, sur nos charges qui varient d'une année sur l'autre. La méthanisation nous permet un prix de vente fixe sur quinze ans, c'est très intéressant. Cela nous permet aussi d'obtenir du digestat qui apporte une très bonne matière organique pour le sol », témoigne Matthieu Imbault, agriculteur à Ormoy-la-Rivière (Essonne) et président d'Énergies vertes franciliennes.

L'association mène d'ailleurs des travaux sur le digestat, ainsi que sur les Cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). « Nous menons des essais annuels pour tester de nouvelles Cive, savoir sur quelle culture produire, s'adapter au secteur, etc. Il faut aussi être pédagogue pour contrecarrer les détracteurs de la méthanisation », détaille Matthieu Imbault. « Il y a également un enjeu de réussir la culture qui suivra la Cive d'hiver », appuie Nicolas Dagorn, ingénieur bioressources à Arvalis.

La data pour les éleveurs

Concernant l'élevage, Jean-François Hocquette, président de l'Association française de zootechnie, constate de trop nombreuses critiques. « Quand les chercheurs sont capables de s'unir pour contredire les fake news, cela peut avoir un impact sur le long terme », croit-il lors d'une table ronde sur les données et les innovations comme opportunités pour les éleveurs. « L'utilisation des datas est fondamentale dans un système d'élevage complexe et vivant », affirme Julie David, responsable du DataFarm du Groupe CCPA qui accompagne les fabricants d’aliments et les éleveurs pour une nutrition performante et durable.

« Pour les éleveurs, cela permet un suivi accru du cheptel sur le comportement, sur l'alimentation ou la reproduction », ajoute Laurianne Labouesse, conseillère bovin et caprin lait à la chambre d'Agriculture Île-de-France. « Il y a parfois une surcharge de données, mais nous sommes là pour y pallier et accompagner les éleveurs dans la lecture de ces données », poursuit-elle. De quoi permettre aux exploitants « un gain de temps et de performance », tout l'enjeu de ces innovations.

Lancement de la communauté des agriculteurs du Farm’InnLab

L’événement a également été l’occasion pour AgroParisTech de lancer la communauté des agriculteurs du Farm’InnLab, un espace d’expérimentation et de collaboration consacré aux transitions agroécologique et énergétique. Son objectif : renforcer les échanges entre l’établissement et les acteurs du terrain. « Cette communauté a vocation à créer et à animer des interactions entre AgroParisTech, dans ses composantes formation, recherche et innovation, et le terrain avec sa diversité de productions agricoles nationales », précise Tristan Brancaz, responsable du Farm'InnLab. « Nous sommes en appel permanent aux agriculteurs pour rejoindre la communauté, que ce soit des exploitants, responsables d'atelier, ouvriers agricoles. Il y a un premier volet de curieux qui veulent savoir ce qui se passe à AgroParisTech. Il y a aussi beaucoup d'agriculteurs qui veulent faire bénéficier de leur expérience, de leur expertise et de leur regard du terrain. Enfin, il y a des gens prêts à passer du temps pour tester des projets. L'idée est de proposer ces trois aspects à la carte », ajoute-t-il.


Des exposants présentent leurs innovations

Outre ces paroles croisées, de nombreux exposants étaient présents pour présenter leurs innovations. « Le digestat est le nouvel or noir des agriculteurs. Nous cherchons à le raffiner pour développer une solution liquide qui présente déjà jusqu'à 70 % d'efficacité supplémentaire en pot. Nous menons des essais dans des parcelles avec GRDF », explique Darwin Wu, cofondateur de Nomos.

Autre exposant en lien avec la méthanisation : Lénéo, qui développe et produit du biométhane et du CO2 biogénique. « Nous développons uniquement des unités de tailles industrielles avec, comme intrant, uniquement des résidus de cultures », explique Cassien Loubière, responsable du pôle agricole de l'entreprise. Pour le moment, quatre projets existent, dont un en Eure-et-Loir, alors que Lénéo se fixe l'objectif de quarante sites en 2035. « Chaque unité nécessite entre 400 et 600 exploitants partenaires dans un périmètre de 50 à 60 kilomètres et permettra de fournir de l'électricité pour 70 000 personnes par an. Nous voulons nous implanter dans les bassins céréaliers pour ne pas perturber les zones d'élevage », ajoute Cassien Loubière.

« La diversification engendre des besoins d'outils différents. Nous proposons un outil informatique qui rassemble tout pour les polyculteurs-éleveurs afin de simplifier la vie de leurs exploitations et de permettre d'apporter plus de résilience », raconte quant à lui Frédérick Mouvier, fondateur de Baoba.

Niveau outil informatique, Precifield s'oriente vers l'agriculture de précision. « Nous pouvons produire une cartographie du sol via imagerie satellite qui permet de savoir quelle dose mettre en azote. Avec les cours des engrais, les agriculteurs cherchent à optimiser tout ce qui est possible. Nous proposons un outil qui leur permet de prendre une décision à partir d'un conseil basé sur des éléments factuels. L'exploitant abonné à notre plateforme reçoit directement par mail un document PDF avec nos conseils et une carte téléchargeable dans son matériel informatique », détaille Alexandre Neil, responsable de Precifield.

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