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Aviculture
« Anticiper la communication autour de son projet plutôt que la subir »

À Rully (Oise), Alexis Tordeur, 37 ans, a diversifié la ferme familiale en lançant en 2021 un élevage de poulets Label rouge. Confronté aux craintes de voisins, il raconte comment la communication, mal anticipée en pleine crise sanitaire, a façonné son projet.

Alexis Tordeur, 37 ans, est exploitant dans le Valois, à Rully (Oise). À son retour sur la ferme familiale, il s’est lancé en 2021 dans une diversification en production de poulets de chair Label rouge. Il a rencontré des difficultés de voisinage à cette occasion, qu’il analyse aujourd’hui avec recul.

C’est pourtant un secteur où les grandes cultures, notamment industrielles, sont reines. « Je voulais construire un système de polyculture-élevage car c’est le plus résilient et celui qui permet de moins dépendre des engrais azotés minéraux. Et puis je voulais aussi alléger le bilan carbone de la ferme », expose le jeune agriculteur. D’où l’idée de monter un élevage dont la charge de travail puisse s’intégrer dans le fonctionnement de l’exploitation qui emploie 2,5 salariés et dont la mise de départ soit raisonnable. « Cela aurait pu être des moutons, mais après des recherches, je me suis intéressé aux poulets de chair Label rouge. »

Un cahier des charges rigoureux mais simple

Contact est pris avec Norvolailles, un groupement de producteurs qui l’accompagne dans sa réflexion. Le cahier des charges Label rouge séduit Alexis Tordeur : « Cela correspondait à ce que je recherchais : des poulets de souches rustiques, des bâtiments de petite taille avec un parcours enherbé, peu de technicité. Et Nord Volailles m’a accompagné pour la construction et l’aménagement des bâtiments, pour le choix des fournisseurs de poussins et d’aliments auprès desquels ils ont négocié des prix et surtout un débouché pour la commercialisation ».

Alexis Tordeur réfléchit alors où implanter les deux bâtiments de 400 m2 qui seront construits, pour un budget de 100 000 euros chacun, aménagements compris. Une parcelle à 800 mètres des premières habitations, à l’est du village (donc pas dans les vents dominants), à proximité de la ligne TGV qui traverse cette grande plaine du nord au sud, avec une borne électrique sur place. « C’était pour moi l’emplacement idéal, même si cela supposait de devoir amener l’eau sur une longue distance. Finalement, j’ai préféré construire un forage, ce qui a engendré un surcoût. »

Il effectue toutes les démarches administratives auprès de la DDT : il est en régime de déclaration car les deux bâtiments ne recevront qu’environ 4 000 poulets chacun. Il se rapproche du Parc naturel régional Oise-Pays de France dont Rully dépend et y trouve des conseils en ce qui concerne la couleur des bâtiments et l’insertion paysagère. Il y obtiendra même un financement pour la plantation de haies. Il dépose un permis de construire et dès son affichage, sans précision de la localisation du projet, les réactions locales ne tardent pas.

Une communication en réaction

« Dès le départ, je m’attendais à des oppositions, mais nous étions alors en plein Covid et je n’ai pas pu organiser une réunion de présentation de mon projet comme je l’avais imaginée. Les rassemblements étaient alors interdits et beaucoup d’échanges se sont faits par téléphone ou par mail, alors que je voulais privilégier l’échange direct », regrette Alexis Tordeur.

Un collectif de riverains se monte. Le futur éleveur distingue alors plusieurs types d’opposants : les riverains qui craignent que l’activité ne génère des nuisances quotidiennes (odeurs, visibilité, bruit…), les véganes qui s’opposent par principe à l’élevage, et les « suiveurs » dont les rancœurs sont à chercher plus dans l’histoire du village et de sa famille.

« Aux véganes, je n’ai rien à répondre, ni aux suiveurs, tranche Alexis Tordeur. Par contre, je veux gérer les craintes des riverains qui ont besoin d’être rassurés : de nombreuses rumeurs circulent, chacun pense que les bâtiments seront construits au bout de son jardin. Je ne refuse aucune discussion, je dois juste réexpliquer que l’activité est située à côté de la ligne TGV, loin du village. Je rappelle que les bâtiments sont bas (2,4 m à la gouttière), pour être plus facilement chauffés, et que les couleurs se fondront dans le paysage. Contre la crainte des mouches et des rats, avec l’aide de Norvolailles, j’organise un voyage avec des opposants et des élus communaux dans d’autres élevages dans la Somme, ce qui lève leurs craintes. Enfin, je m’engage à stocker le fumier de l’autre côté de la ligne TGV et à ne pas l’épandre le dimanche ».

Pour répondre complètement aux opposants, il réalise une petite vidéo, Les poulets du Valois, qu’il poste en mars 2021 sur Youtube faute d’avoir pu s’expliquer en direct. Les opposants n’hésitent pourtant pas à manifester dans le village, mettant en avant surtout la crainte des nuisances et de voir baisser la valeur de leur immobilier.

Pas de suite

Le dossier étant en règle et « modeste » comme le souligne son porteur, les bâtiments sont finalement construits, le parcours (2,2 hectares) est planté en partie de noisetiers qui débordent sur les parcelles voisines pour une production et une transformation industrielle. Les premières bandes de poussins arrivent et, trois mois plus tard, les poulets sortent en direction d’un abattoir de ­proximité. Les transports en camion (animaux et aliments) se font grâce à une desserte agricole le long de la ligne TGV, ne traversant jamais le village, au rythme d’un toutes les trois semaines. « Les oppositions se sont calmées, les habitants ont finalement compris que cet élevage n’allait pas impacter leur quotidien. Voilà maintenant plusieurs années que nous sommes en production et personne n’est jamais venu se plaindre », constate Alexis Tordeur.

Comme ses poulets Label rouge sont de belle qualité, il propose même de la vente directe, pour une centaine de poulets par an, en pré-commande chez le boulanger de Rully. « Cela me plaît que ma production soit directement consommée sur place, cela crée un lien social, j’ai un retour direct des clients et cela anime le village. L’investissement devrait être amorti au bout de dix ans, la charge de travail se limite à 350 heures/an/bâtiment. Si c’était à refaire, je referai tout à l’identique, sauf la communication. Car j’ai eu l’impression de courir après les arguments des détracteurs. La période Covid ne s’y prêtait pas non plus. Mais je conseille à tout porteur d’anticiper, de préparer des documents explicatifs et de jouer la transparence dès la finalisation du projet ».


En chiffres

Le Label rouge en volailles de chair :

  • des souches de poulets rustiques 
  • des poussins déjà vaccinés contre la bronchite infectieuse 
  • des aliments 100 % végétaux, contenant 80 % de céréales 
  • une croissance lente, de 12 semaines minimum 
  • un accès au parcours enherbé et arboré au bout de 42 jours 
  • un vide sanitaire entre chaque bande de 14 jours minimum 
  • un abattoir à proximité 
  • antibiotiques interdits, contrôle sanitaire.

Cet article fait partie d'un dossier Aviculture

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