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Interview d'Alexandre Pelé
Betteraves : le président de la CGB CVL se dit optimiste pour 2024

Le président de la Confédération générale des planteurs de betteraves Centre-Val de Loire (CGB CVL), Alexandre Pelé, dresse le bilan de la campagne betteravière 2023 et dévoile les perspectives de la filière pour 2024.

Horizons : Quel bilan dressez-vous de la campagne betteravière 2023 ?

Alexandre Pelé : La campagne 2023 s’est achevée dans des conditions difficiles de récolte, la pluie ayant compliqué les conditions d’arrachage à partir du 20 octobre. L’approvisionnement des usines a été tendu, les plannings bouleversés mais les cadences des usines ont été très peu impactées. Les trois sucreries loirétaines ont fini de réceptionner les betteraves entre le 16 et le 22 décembre au terme d’une campagne d’environ 90 jours. Si les rendements racines sont satisfaisants, la richesse est décevante, de l’ordre de 17 °. Le rendement moyen régional est de 86 t/ha, dans la moyenne cinq ans.

À ce bon niveau de rendement s’ajoute un contexte des marchés favorable. Les prix du sucre ont atteint des records sur les marchés mondiaux et européens laissant envisager des prix de betteraves rémunérateurs ; ils sont les bienvenus. Il y a quasiment un an, jour pour jour, la Cour de justice européenne, en interdisant les traitements de semences à base de néonicotinoïdes, plongeait notre filière dans la stupeur. Nous n’oublions pas les planteurs encore sévèrement touchés par la jaunisse cette année. Mais dans la plupart des situations, 2023 récompensera ceux qui ont persévéré.

Pour les planteurs impactés par la jaunisse en 2023, où en est la promesse de compensation des pertes liées faite par le ministre de l’Agriculture en janvier dernier ?

Le 7 décembre dernier, lors de l’assemblée générale de la CGB, le représentant du ministère a annoncé les grandes lignes, issues d’âpres discussions avec la CGB et l’interprofession. La situation de 2023, avec des cas de jaunisse cantonnés quasiment exclusivement au département de l'Eure-et-Loir, a rendu impossible l’activation d’un dispositif de crise européen au titre de l’article 221 de l’OCM, comme cela avait été imaginé initialement, puisque la crise n’était pas généralisée. Le seul dispositif national activable demeure celui des aides de minimis. Ce fut notre première déception car nous en connaissons les limites, avec notamment le plafonnement à 20 000 euros par exploitation. À la demande de la profession, les modalités du calcul des compensations financières seront basées sur des valeurs individuelles : le rendement de 2023 sera comparé à la moyenne des rendements de 2017-2018-2019. Cette période triennale permet de s’affranchir des années atypiques de 2020 ou 2021 (gel et ressemis des deux tiers des surfaces betteravières). Le ministère impose cependant, sur le différentiel de rendement, une décote de 10 % (pour les assurés multirisques climatiques) ou de 15 % (pour les non-assurés) pour le calcul de cette perte qui sera indemnisée sur la base d’un montant de 41 euros/tonne. Nous avions demandé que le prix des betteraves appliqué soit celui de chaque groupe sucrier. Nous regrettons que le montant qui est imposé ne soit pas plus en phase avec la tendance des prix des betteraves de la campagne 2023. Nous attendons aujourd’hui les modalités pratiques pour pouvoir déposer les dossiers de demande d’indemnisation.

Quelles sont les perspectives pour 2024 ?

D’un point de vue technique, la recherche sur la jaunisse se poursuit. Si à ce jour, aucune variété du marché n’a pu être qualifiée de « tolérante » par l’Institut technique de la betterave, tous les sélectionneurs œuvrent dans ce sens et nous gardons espoir qu’ils aboutissent pour 2026. En attendant, les traitements aphicides restent nos meilleurs alliés. Demain, ces traitements pourront éventuellement être complétés par d’autres moyens de lutte combinés. Une prolongation du PNRI (Plan national de recherche et d'innovation) a été actée pour renforcer la recherche sur les solutions les plus prometteuses sur deux années complémentaires. Par ailleurs, un plan d’action spécifique est en cours d’élaboration pour concentrer les efforts sur la zone qui semble la plus exposée, à proximité des zones de production de semences betteravières. L’enjeu est de renforcer ces deux filières : porte-graines et sucrières. Elles ont toutes deux leur place dans notre région. La jaunisse est un sujet majeur pour notre bassin. Malgré tout, les autres problématiques agronomiques ne sont pas moins importantes : la maîtrise du désherbage et de la cercosporiose sont aussi des clés de la réussite.

D’un point de vue économique, la fin d’année 2023 a vu une forte baisse des cours du sucre sur les marchés mondiaux (- 25 %), liée aux bonnes nouvelles de récolte au Brésil et à une moindre utilisation de la canne indienne à des fins de production d’éthanol. Le poids des spéculateurs amplifie les variations mais notre inquiétude, au niveau des marchés européens, vient des importations de sucre ukrainien, produit dans des conditions qui ne sont pas les nôtres. Aussi, la CGB demande fermement que ces tonnes soient réexportées vers d’autres marchés. Bien que les cours soient baissiers, ils restent d’un bon niveau, laissant présager pour 2024 une rémunération de la betterave encourageante.

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