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Betteraves : maintenir une filière forte

À l’approche des premiers arrachages de betteraves, dont les rendements s’annoncent très faibles, les planteurs franciliens étaient réunis à l’occasion de l’assemblée générale de la CGB Île-de-France, jeudi 3 septembre à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne).

C’est dans un contexte très morose que s’est tenue l’assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves d’Île-de-France (CGB IDF), présidée par Cyrille Milard, jeudi 3 septembre sur le campus Bougainville à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne).

Si en Île-de-France la récolte 2025 a été globalement satisfaisante (85 t/ha à 16 °, soit 445 000 tonnes de sucre pour 3 millions de tonnes de betteraves sur une surface de 35 378 hectares), malgré une grande hétérogénéité selon les parcelles, les prévisions 2026 s’annoncent catastrophiques : 71,3 t/ha en irrigué, soit à peine 10 % des surfaces, et 31,2 t/ha en non-irrigué. Ces résultats laissent présager que le sujet de l’eau sera un enjeu majeur dans les prochaines années. Un contexte qui interroge sur l’avenir de la filière. « Si 2026 n'est pas l'année de la betterave », le président de la CGB Île-de-France a appelé les planteurs « à garder le cap » : « Le marché européen doit nous donner confiance. Si le prix du sucre se redresse, cela donnera des perspectives à notre filière. L’assolement se compose maintenant. L’objectif est de maintenir des surfaces pour conserver des unités et des filières fortes. Industrie et coopérative doivent aussi prendre leurs responsabilités pour donner envie de maintenir cette culture ».

Une campagne sous tension

Globalement, les surfaces sont en baisse, tout comme le nombre d’exploitations betteravières (1 847 en 2018, 1 359 en 2025). La dégradation régulière depuis 2019 reflète les difficultés de la filière, aggravées à partir de 2020 par la jaunisse.

En 2026, la surface a baissé de 9 % pour s'établir à 32 261 hectares en Île-de-France, à 70 % en Seine-et-Marne. L’année a été marquée par des semis précoces — les trois quarts entre le 18 mars et le 4 avril — et l’apparition rapide de ravageurs (pucerons sur petites betteraves, dégâts d’altises, réinfestations durant tout le printemps). Malgré quatre à cinq traitements, les premiers symptômes de la jaunisse sont apparus début juin, tout comme des piqûres du charançon Lixus Juncii.

Si la jaunisse est restée discrète, masquée par le dépérissement des feuilles, Lixus Juncii a engendré la pourriture des racines. Des dégâts de teigne sont également relevés. Enfin, la grêle fin août a totalement détruit certaines parcelles. « Les dix plaies des betteraves » ont ainsi été détaillées au fil de cette assemblée générale.

Les arrachages devraient débuter entre le 15 septembre et le 7 octobre sur le territoire, en fonction des usines. La mise en route de l’usine de Corbeilles est prévue le 17 septembre et celle de Nangis, le 30 septembre. La fin de campagne est prévue entre fin novembre et fin décembre, soit une durée de campagne réduite de 30 %. Elle s’annonce également difficile à toutes les étapes du champ à l’usine.

« Tout le monde va devoir faire des efforts et arracher au plus près de la date d’enlèvement. Les cadences des usines sont abaissées de 10 à 15 % pour extraire tous les sucres et viser les débouchés les plus rémunérateurs. Le mot d’ordre sera l’adaptabilité dans une campagne inédite », a insisté Hervé Fouassier, vice-président de Cristal Union.

Des réponses attendues

Cette assemblée générale a été l’occasion de retracer l’activité de la campagne 2025 et les différentes actions syndicales soutenues par la CGB aux côtés du syndicalisme majoritaire qui ont abouti au vote de la Loi d’urgence agricole. Aujourd’hui, les planteurs attendent la décision de l’Anses — qui a deux mois pour répondre — permettant l’utilisation, sous dérogation, de l’acétamipride et de la flupyradifurone pour produire sereinement des betteraves en 2027.

Dans un second temps, le sénateur et co-rapporteur de la Loi d’urgence agricole, Pierre Cuypers, est intervenu en tant que grand témoin. « Une agriculture qui ne produit pas est une agriculture qui importe, à l’instar de la souveraineté industrielle qui est fragilisée. Il faut redonner les moyens de produire à notre pays. Le Sénat a enrichi le texte à travers 105 amendements qui ont profondément remanié le projet de la loi, dont l’article 2. C’est ainsi la science qui décide et non le politique ».

Enfin, une table ronde animée par Timotée Masson, directeur du service économie de la CGB, a mis en présence l’ancien haut fonctionnaire européen Jean-Luc Demarty et Guillaume Gandon, agriculteur de l’Aisne et président de la Confédération internationale des betteraviers européens (Cibe), sur le thème L’Europe, atout ou contrainte pour les producteurs de betteraves, dans un contexte où, depuis 2017 et l’arrêt des quotas, 23 sucreries ont fermé en Europe, dont six en France. Réforme de la Pac, intégration de l’Ukraine en Europe, gestion des marchés, suspension des importations du Brésil, etc., chacun a exprimé sa position sur tous ces sujets.

Enfin, la parole a été donnée au président de la CGB et vice-président de la FNSEA chargé des affaires européennes, Franck Sander. « Si on s’engage à Bruxelles, c’est qu’on pense qu’on peut encore faire bouger les choses. Face aux récoltes catastrophiques, on doit avoir une réflexion assurantielle. Il faut trouver un dispositif donnant envie de s’assurer », a-t-il souligné, avant d’évoquer la Loi d’urgence agricole : « C’est le collectif qui a permis d’aller chercher cette loi. Si on a des prix — face à un marché déficitaire et des conditions climatiques compliquées, on devrait approcher les 40 euros/tonne en 2027 —, des outils de protection, le climat avec nous, il n’y a aucune raison de ne pas y croire ».

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