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Édito de Thierry Desforges
« Il manque une loi plus ferme qui permettrait d’empêcher toute installation illicite sur des terrains privés, notamment par les gens du voyage »

Dimanche 24 août, la FDSEA s'est mobilisée pour obtenir le départ de plusieurs dizaines de gens du voyage qui venaient de s'installer sur une parcelle agricole à Vert-le-Grand (Essonne). Vice-président de la FDSEA Île-de-France et président de l'Union de l'Essonne, Thierry Desforges revient sur la situation.

Horizons : Que s'est-il passé à Vert-le-Grand avec les gens du voyage dimanche 24 août ?

Thierry Desforges : C'est la quatrième fois en trois mois que des communautés de gens du voyage s'installent sur la commune de Vert-le-Grand. Soit ils occupent des parcelles agricoles, soit ils les traversent, mais in fine, ils les saccagent. Cela se passe toujours de la même façon, ils font une reconnaissance et ciblent une parcelle où ils peuvent se brancher à des réseaux électriques via un boîtier électrique et à l'eau à travers une borne à incendie. En quelques minutes, une trentaine de caravanes sont arrivées, ça va très vite. Une fois qu'ils se sont installés, c'est difficile de les faire partir.

Comment avez-vous réussi à les faire partir dimanche soir ?

C'est impossible de dialoguer. Ils nous disent tous des choses différentes, donc nous ne savons pas à quoi nous en tenir. Ce sont rarement les mêmes communautés. Cette fois, certains disaient venir de Chartres, d'autres d'ailleurs, mais nous ne savons pas vraiment d'où. Généralement, les gens du voyage se déplacent le dimanche parce qu'ils savent qu'il est plus difficile de coordonner une réponse légale avec un arrêté d'expulsion et que les agriculteurs ne sont pas tous disponibles pour mener une action syndicale. Ce dimanche, nous avons réussi à mobiliser une dizaine de tracteurs. La dernière fois, nous étions une quinzaine. Nous les avons enfermés dans la parcelle. Ils étaient encerclés entre deux parcelles de maïs et une raie de charrue faite dès leur arrivée, donc ne pouvaient pas sortir avec les caravanes. Ils ont réussi à sortir quelques voitures. Voyant que nous ne comptions pas lâcher, certains ont préféré partir, ce qui a créé un mouvement et les autres les ont suivis avec l'aide des forces de l'ordre, le colonel ayant coordonné l'intervention de trois brigades du PSIG (Peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie, NDLR) et d'un hélicoptère. Au bout de quatre heures, ils étaient partis. C'était assez rapide cette fois-ci, mais cela reste très important de montrer que nous sommes solidaires entre agriculteurs.

Quels sont les dégâts engendrés par ces situations ?

Ils sont allés sur trois parcelles différentes, dont une qui n'était pas agricole puisqu'il s'agit d’un terrain de modélisme. Néanmoins, cette fois-là, ils avaient traversé une parcelle de betteraves avec leurs câbles et leurs tuyaux d'eau. Puisqu'ils ont traversé la parcelle en travers, c'était compliqué d'intervenir avec les tracteurs pour les traitements ou les opérations de binage mécanique. Une fois qu'ils sont installés, il est très difficile de faire payer les dégâts. Parfois, ils acceptent de payer, mais pour nous, ça ne couvre jamais nos frais réels. Au-delà du préjudice économique, la violation de propriété privée est inacceptable, l'agriculteur qui ne va pas pouvoir récolter sa prairie va devoir acheter du foin. Ce sont des ennuis supplémentaires. L'agriculteur peut porter plainte et demander des dédommagements pour destructions de parcelles ou de cultures. Ces actions en justice sont très longues, pour un résultat aléatoire compte tenu de leur nombre et de la difficulté de caractériser les auteurs.

Comment les agriculteurs réagissent face à ces installations de gens du voyage qui se multiplient ?

Il y a un vrai ras-le-bol. Nous nous sentons démunis. À chaque fois, c'est la même rengaine… Les outils légaux pour les déloger rapidement ne sont pas adaptés à ces situations. Nous sommes obligés de nous battre avec la préfecture pour obtenir des arrêtés d'expulsion, surtout lorsque les collectivités locales ne sont pas dans les règles en termes de mise à disposition d'aire de grand passage. C'est l'argument des gens du voyage pour dire que nous sommes obligés de les accueillir.

Quelles sont vos solutions ?

Le but est de jouer la solidarité et de mobiliser un maximum de tracteurs, de venir autour de la parcelle pour exercer une pression. En général, les pouvoirs publics réagissent pour éviter que la situation dégénère en mobilisant des forces de l'ordre, mais ce n'est pas simple de les déloger. Nous sommes sur des terrains privés donc il n'y a pas le motif de trouble à l'ordre public pour justifier l'expulsion. Souvent, ils acceptent de partir contre un “meilleur terrain”, donc il faut que les autorités en trouvent un. Le médiateur gens du voyage dans l'Essonne fait l'interface des négociations avec la communauté pour qu'ils acceptent de partir.

Que faudrait-il pour éviter l'installation de gens du voyage sur des terres agricoles ?

Lorsqu'il n'existe pas d'aire de grand passage sur le territoire, les autorités n'ont pas les armes juridiques adaptées pour ordonner l'expulsion. Sur ce point, tout le monde se renvoie la balle. Le problème, c'est qu'il manque une loi plus ferme qui permettrait d'empêcher toute installation illicite sur des terrains privés, notamment par les gens du voyage. Une énième proposition de loi a été déposée en mai dernier par le député Éric Pauget pour alourdir les sanctions et créer un “délit d'habitude”, dans le cas de récidive. Celle-ci est dans les mains de la commission des lois, mais ira-t-elle au bout du processus législatif ?

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