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Interview
Laurence Fournier : « La chambre d’Agriculture se tient à disposition des maires pour construire ensemble des solutions durables »

Agricultrice à Aubepierre-Ozouer-le-Repos (Seine-et-Marne), installée depuis 2010 sur une exploitation en polyculture (blé, betteraves, maïs, colza, lin fibre), Laurence Fournier est vice-présidente de la chambre d’Agriculture Île-de-France chargée des territoires. Juriste en droit rural de formation, elle pilote la commission consacrée à ce domaine à la chambre.

Laurence Fournier.
Laurence Fournier.

Quelles sont les missions de la chambre d’Agriculture en matière de foncier ?

Laurence Fournier : En Île-de-France, la pression foncière est très forte, liée au dynamisme économique — la Région représente 31 % du PIB national — et aux besoins en logement.

Dans ce contexte, la chambre d’Agriculture joue un rôle essentiel pour préserver les terres agricoles. Ses conseillers du pôle Territoires, experts engagés et passionnés, rendent environ 160 avis par an sur les documents d’urbanisme (PLU*, Scot**, etc.), apportent un conseil sur les autorisations d’urbanisme, suivent les CDPENAF***, réalisent des études de compensation agricole, etc. Leur action est indispensable au maintien de l’agriculture régionale.

Concrètement, comment la chambre d’Agriculture accompagne les agriculteurs concernés ?

La Chambre accompagne les agriculteurs, individuellement ou collectivement, dès l’amont des projets d’aménagement (routes, infrastructures, réseaux). Elle agit comme un rempart afin de limiter les impacts sur les exploitations et d’obtenir les meilleures conditions d’indemnisation possible.

La consommation moyenne annuelle des espaces naturels, agricoles et forestiers a baissé de 28 % depuis 2021. Comment expliquez-vous cette baisse ?

Entre 2012 et 2021, 774 hectares ont été consommés chaque année, soit deux à quatre fois moins que dans les décennies précédentes. Il faut donc poursuivre notre action pour conforter ce mouvement afin d’atteindre une ponction d'environ 596 hectares par an pour la décennie 2021/2031, puis 418 hectares par an pour la décennie suivante, comme le prévoit le Schéma directeur environnemental de la région Île-de-France (Sdrif-e).

Cette évolution est le fruit d’un travail proactif et collectif mené autour du Sdrif-e — le dernier a été approuvé en 2025. La Safer, la chambre d’Agriculture, le Ceser****, où je siège, ainsi que le syndicalisme majoritaire ont œuvré auprès des services et des élus de la Région pour porter une ambition commune. Cela a permis une réelle prise de conscience, concrétisée dans ce Sdrif-e ambitieux. Nous avons obtenu des avancées importantes en matière de diminution de la consommation de foncier, notamment par une meilleure valorisation des friches.

Au fil des années, nous avons su instaurer un dialogue en amont avec les aménageurs et maîtres d’ouvrage, permettant parfois de modifier des projets pour réduire leur impact sur l’agriculture. Chaque hectare préservé est une victoire.

Nous avons la chance d’avoir une équipe d’élus et de collaborateurs fortement engagés, organisée autour d’élus référents par territoire. Cette proximité permet une grande réactivité et une action efficace, fondée sur un dialogue constant avec les acteurs locaux.

Les élections municipales auront lieu en mars prochain dans les 1 276 communes d’Île-de-France. Quel message souhaitez-vous porter auprès des candidats et futurs élus ?

La consommation des terres agricoles est quasi irréversible et entraîne des conséquences économiques, sociales et environnementales non négligeables. Les maires disposent de leviers pour éviter cette situation : réhabiliter les friches, densifier les zones d’activité, favoriser la reconversion des corps de ferme en logements, par exemple. La chambre d’Agriculture se tient à leur disposition pour construire ensemble des solutions durables.

J’invite tous les agriculteurs qui le souhaitent à s’engager dans les conseils municipaux afin de porter la voix du monde agricole sur leur territoire.

Voir aussi notre dossier Municipalités : la voix des agriculteurs 


*Plan local d'urbanisme.

**Schéma de cohérence territoriale.

***Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers.

****Conseil économique, social et environnemental régional.

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