Aller au contenu principal

La performance économique en élevage face à la conjoncture

La hausse des charges qui pèse actuellement sur les exploitations est multifactorielle. Elle impacte les structures d'élevage de façon différente, en fonction de la situation de chaque exploitation. Des leviers existent pour y faire face et agir. La Chambre d’agriculture fait le point.

Marthe Vivant est chargée de projets à la Chambre d’agriculture de Loir-et-Cher.
Marthe Vivant est chargée de projets à la Chambre d’agriculture de Loir-et-Cher.
© M.V.

Les agriculteurs font face à une hausse des charges généralisée depuis le deuxième semestre 2021. Elle s'est accentuée avec le conflit russo-ukrainien, engendrant des conséquences sur les exploitations d'élevage. Quelles en sont les causes ? Les conséquences ? Comment agir ? Marthe Vivant, chargée de projets à la Chambre d’agriculture de Loir-et-Cher, fait le point sur ces questions.

Une hausse multifactorielle

« La hausse actuelle des postes engrais, carburant et alimentation animale a deux causes : la conjoncture, à la suite de la reprise post-Covid-19, et le conflit russo-ukrainien qui est venu accentuer la hausse de ces trois postes. Au début de l'année, nous avions déjà un effet ciseaux sur les engrais, avec une demande en hausse et une offre en baisse. Le coût de l'énergie a augmenté avec la reprise d'activité postérieure à la pandémie et la politique de contrôle de l'Opep. Les stocks de gaz étaient relativement bas et la forte demande chinoise a tiré les prix vers le haut », détaille Marthe Vivant. Ainsi, en décembre-janvier, les engrais avaient renchéri de 90 %* par rapport à l'année précédente. L'engrais azoté à lui seul avait augmenté de 138 % par rapport à l'an dernier. L'énergie était en hausse de 34 % et l'alimentation animale (céréales et tourteaux) de 15 % avant la guerre.

La guerre en Ukraine a un impact sur les marchés car la Russie et l'Ukraine sont d'importants fournisseurs sur le marché mondial. La Russie fournit 40 % des importations de gaz en Union européenne, 30 % en ammoniac et 27 % en pétrole. L'Ukraine quant à elle est le principal fournisseur de l'UE en urée. Concernant les produits agricoles, la Russie est le deuxième fournisseur en tourteaux de colza et quatrième en tournesol. L'Ukraine assure 50 % de la production mondiale de tournesol et 20 % des exportations mondiales en maïs. « Sur l'aspect colza, tournesol et céréales, l'Ukraine a un poids très important en UE et dans le monde. Le conflit a lieu dans les zones où sont produites les céréales. Les ports touchés par le conflit assurent 90 % de l'export de céréales. Il y avait encore du blé stocké en Ukraine au moment du conflit mais pas de colza. L'interrogation porte sur la récolte de colza et tournesol en 2022 », poursuit la conseillère.

Quelles conséquences sur les exploitations ?

Du côté des impacts, ils sont divers. Par exemple, les élevages de volailles et porcins seront encore plus impactés sur le renchérissement du coût de l'alimentation car ils utilisent du tourteau de tournesol. « En élevage, il y a des postes clés tels que l'alimentation, les intrants. La saisonnalité de l'achat des intrants va aussi jouer sur les charges. Mais d'une façon générale, les prix des engrais, du carburant et de l'alimentation sont incertains et en hausse. Toutes les exploitations vont être concernées mais de façon différente », explique Marthe Vivant.

Améliorer la performance technico-économique

L'éleveur peut tout de même actionner différents leviers pour faire face à ces hausses. « On va améliorer la performance technico-économique, regarder où on peut faire des gains économiques sans tout dérégler. Par exemple faire la chasse au gaspillage », assure-t-elle. Le principe de l'analyse technico-économique est que l'agriculteur fasse un constat sur son système de production, et, en fonction, le faire évoluer. Il faut aussi mesurer les risques auxquels l'exploitation doit faire face : conjoncturels, pour une exploitation d'élevage dépendante des intrants, et climatiques, pour une exploitation d'élevage très autonome sur le plan alimentaire. « Il faut se demander ce qui peut fragiliser son système, quel est le risque si la conjoncture perdure dans le temps. En élevage de ruminants, l'autonomie alimentaire est un point très favorable car la qualité alimentaire des fourrages permet de diminuer la part des concentrés dans la ration. » Actuellement, on note une forte variabilité des récoltes, liée au climat, et une grande variabilité de la conjoncture. Il n'est pas toujours aisé pour l'éleveur de se projeter. Parmi les leviers d'action possibles sur l'exploitation, on peut lister : tendre vers l'autonomie alimentaire, distribuer un fourrage de qualité pour diminuer la complémentation ; optimiser la gestion de la reproduction, à savoir élever uniquement les génisses qui assurent le renouvellement du troupeau pour diminuer la charge alimentaire ; valoriser la fumure organique ; regarder si des gains sont possibles en fumure minérale, quelles conséquences de l'impasse de fertilisation sur le rendement…

« Chaque exploitation a des possibilités plus ou moins faciles à mettre en œuvre. Chaque structure est un cas particulier, les solutions seront légèrement différentes d'une ferme à l'autre. Par exemple, le pâturage qui peut être plus facilement instauré dans certaines structures que d'autres. L'important est de pouvoir s'adapter à la situation conjoncturelle et de prendre des décisions adaptées », conclut Marthe Vivant.


*Source de l'ensemble des données : APCA et Idele.


Sur le même sujet, lire aussi Bien suivre sa performance économique

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Horizons

Les plus lus

Hervé Fouassier, président de la section Corbeilles-Nangis de Cristal Union, appelle les planteurs à ne pas détruire trop vite les parcelles touchées par le rhizopus, des solutions de valorisation étant encore à l’étude.
Une campagne betteravière hors norme à Corbeilles
Après un été marqué par une sécheresse exceptionnelle, la campagne betteravière se déroule sous tension à Corbeilles-en-Gâtinais…
À Faverelles, lundi 19 octobre. Frédérique Toussaint, Willem Boode, Mickaël Bedu, Rémi Toussaint et Manuel Leteur (de g. à d.) se sont réunis pour évoquer les conséquences de la sécheresse sur leurs exploitations et l’alimentation des troupeaux.
Dans l'est du Loiret, la sécheresse met les exploitations à rude épreuve
Réunis à Faverelles (Loiret) lundi 19 octobre, chez Manuel Leteur, plusieurs agriculteurs de l'est du Loiret et de la Nièvre…
[VIDÉO] Punaises des céréales : le colza face à des attaques inédites
Longtemps restées anecdotiques en France, les punaises des céréales provoquent cette année des dégâts importants dans plusieurs…
Mercredi 7 octobre, à Champseru. Le préfet, Xavier Pelletier (à d.), est sensibilisé aux problématiques de la filière betteravière par le président de la CGB CVL, Xavier Pelé, et le producteur Damien Delachaume.
Le nouveau préfet d'Eure-et-Loir mis face aux problématiques agricoles
À l'invitation de la FNSEA et de JA 28, le nouveau préfet d'Eure-et-Loir a visité deux exploitations mercredi 7 octobre. Il…
Vendredi 16 octobre, à Boissy-lès-Perche. Marco Mandrillo est le responsable marketing d'Andros Foodservice, Jérôme Chapon préside l'APL2A, Justine Rousseau fait le lien entre les éleveurs et Andros, Anthony Chapon est l'éleveur qui reçoit tout le monde (de g. à d.).
Andros Foodservice invite la presse au Gaec du Bois Spert
Andros Foodservice a convié la presse vendredi 16 octobre au Gaec du Bois Spert, pour lui faire découvrir sa filière éthique…
Le Mée-sur-Seine jeudi 8 octobre. Les partenaires du centre de gestion sont venus nombreux assister à ce rendez-vous annuel toujours très attendu.
CERFrance : une campagne 2026 qui met à l’épreuve les équilibres économiques
La réunion conjoncture du CERFrance Champagne Nord-Est Île-de-France le jeudi 8 octobre au Mée-sur-Seine a permis de…
Publicité