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Tour de plaine
La plaine francilienne encore sous l'effet du sec

Entre colzas malmenés, céréales d'hiver presque toutes semées et récoltes de betteraves et maïs aux résultats très hétérogènes, les conditions sèches de la fin d'été continuent de peser sur la plaine francilienne. Tour d'horizon de l'état des cultures secteur par secteur.

Entre inquiétudes sur les colzas, satisfaction relative sur les implantations de céréales et récolte décevante voire réduite à néant pour les betteraves, la plaine francilienne affiche des situations contrastées. Le manque d'eau de la fin d'été a laissé des traces, auxquelles se sont ajoutées les attaques de ravageurs sur les crucifères. Si les semis d'automne avancent désormais vers leur terme, les agriculteurs restent vigilants sur l'évolution des cultures.

Colza : une campagne mal engagée

Voilà des semaines que les colzas concentrent beaucoup d'inquiétudes. En Essonne, dans les secteurs d'Étampes-Méréville et de Dourdan-Limours, près de la moitié des colzas semés est compromise. « Certains semis n'ont pas levé à cause du sec, d'autres ont été ravagés par les punaises, d'autres encore ont été victimes de l'arrivée massive des grosses altises », résume Clément Leclercq, conseiller à Étampes-Méréville. Du côté de Bréval-Limay dans les Yvelines, Benoît Savalle estime à « 25 % la part des surfaces déjà retournées ou bonnes à retourner ». Les semis du 15 au 20 août ont mieux résisté que ceux du début septembre, particulièrement touchés.

Dans le Vexin, le manque d'eau constitue le principal facteur pénalisant. « Les cultures végètent et ce gros retard les expose aux ravageurs bien plus longtemps que d'habitude », souligne Sabine Snyder, conseillère du secteur. Certaines parcelles argilo-calcaires sont encore au stade cotylédons. À Houdan-Rambouillet, la situation est moins dégradée, « même si les colzas restent chétifs », observe Christophe Daullé. À Dourdan-Limours, Thierry Mulot relève, lui, de belles parcelles parmi les cultures encore en place.

La pression des grosses altises semble diminuer avec le changement de météo, mais leurs larves sont attendues. « Les ennuis ne sont pas terminés », prévient Benoît Savalle. Cette pression impose des investissements supplémentaires en insecticides, parfois haut de gamme, dans un contexte de trésorerie tendu. Les parcelles retournées sont remplacées par des pois, du tournesol ou des orges de printemps semées à l'automne, avec des risques de dégâts de pigeons et de sangliers.

En Seine-et-Marne, l’état des colzas est contrasté en fonction des secteurs. Dans le centre-Seine-et-Marne, ils sont très hétérogènes. Dans les parcelles semées après les orages de fin août qui ont apporté un niveau de précipitations important (50 mm, voire 80 mm au Châtelet-en-Brie), les colzas sont beaux. En l’absence d’humidité au moment de la levée, ils peinent. Du fait de leur chétivité, ils ont subi des dégâts de punaises et d’altises. Le pic de grosses altises au 25 septembre a impacté les colzas sensibles jusqu’au stade quatre feuilles d’où l’intérêt de semer avant le 15 août. « Et les précipitations d’octobre ne vont pas permettre de les sauver. Ils ne seront pas assez forts pour passer l’hiver, les secteurs de Mormant et Nangis étant le plus impactés. Toutefois, il est nécessaire d’attendre. On estime le potentiel de retournement à 5 pieds/m2. Si le potentiel est présent en fin d’hiver, le colza ayant un pouvoir de ramification, cela vaudra le coût de le maintenir au regard du prix de vente des graines », préconise Valentine Boullenger, conseillère grandes cultures à la chambre d’Agriculture. À noter que les premiers tests Berlèse font apparaître des larves de grosses altises L2, alors qu’on ne devrait pas dépasser le stade L1 à cette date.

En sud-Seine-et-Marne, si les parcelles ayant reçu un ou deux tours d’irrigation sont correctes ; avec des cultures allant du stade 4 feuilles à la couverture quasi totale du rang, les autres parcelles présentent un état de végétation plus aléatoire. Certaines ont même été ressemées ou le seront dans un secteur ayant cumulé sécheresse et attaques de punaises.

Enfin, dans le nord et l’est du département, les colzas sont hétérogènes avec des parcelles au stade cotylédons et d’autres à 10-12 feuilles en fonction des précédents et des précipitations, la pression altise étant accentuée dans les zones les plus sèches. 10 à 20 % des parcelles devraient être retournées.

Céréales : les semis touchent à leur fin

Blés et orges d'hiver sont quasiment tous semés sur l'ensemble du territoire. Les conditions d'implantation ont été globalement satisfaisantes, avec des levées régulières dans les secteurs les moins touchés par le sec. Dans le Vexin, les semis réalisés dans des conditions très sèches entraînent toutefois des levées hétérogènes et du retard. Les premiers pucerons sont également sous surveillance.

Le désherbage constitue un autre point de vigilance, particulièrement sur orge d'hiver. « Les cultures marquent beaucoup, les champs sont blancs », constate Thierry Mulot. Même observation à Houdan-Rambouillet, où Christophe Daullé conseille d'attendre le stade trois feuilles avant d'intervenir pour limiter les effets des applications.

En Seine-et-Marne, « les exploitants agricoles ont attendu la pluie de début octobre pour pouvoir travailler les sols et gérer au mieux les adventices et les précédents culturaux », note Hugues Bergamini, conseiller dans le sud du département. On note une bonne efficacité des produits racinaires permise grâce aux précipitations. Les pucerons et cicadelles, qui se reproduisent à partir de 12 °C, ont fait craindre le pire sur blé et orge d’hiver, mais la chute des températures devrait enrayer le phénomène.

Les semis d'orge de printemps semés à l'automne, de protéagineux ou de blé derrière betteraves ont également commencé dans plusieurs secteurs ou débuteront la semaine prochaine.

Une inquiétude porte sur la faible disponibilité en semences de maïs et de tournesol alors que les besoins risquent de s’accroître, en particulier si des colzas sont retournés. Des organismes stockeurs demandent d’ores et déjà de se positionner.


Maïs : des rendements à deux vitesses

La récolte de maïs illustre aussi les conséquences du manque d'eau, avec un écart marqué entre parcelles irriguées et non irriguées. Dans ces dernières, les rendements sont particulièrement faibles : 20 q/ha de moyenne à Étampes-Méréville, 25 q/ha à Dourdan-Limours et entre 20 et 80 q/ha à Houdan-Rambouillet. « C'est une année catastrophique », résume Clément Leclercq. À Bréval-Limay, Benoît Savalle relève 30 à 70 q/ha, contre 70 à 100 habituellement. L'irrigation a, en revanche, permis de préserver certains résultats : 80 à 100 q/ha à Étampes-Méréville, jusqu'à 100 à Houdan-Rambouillet et même 140 q/ha dans certaines parcelles à Dourdan-Limours. Dans le Val-d'Oise, où aucune parcelle n'est irriguée, Sabine Snyder estime la moyenne autour de 70 q/ha, avec une forte hétérogénéité de 20 à 130 q/ha. La tendance est similaire en Seine-et-Marne. On enregistre 20 à 70 q/ha avec une moyenne de 49 q/ha à l’est du département, 40 à 90 q/ha (55-60 q/ha en moyenne) dans le secteur nord « en raison de couloirs d’eau et de terres plus froides », souligne Frédéric Chevalier, conseiller grandes cultures. Dans le sud du département les résultats sont très faibles (9 à 60 q/ha en non-irrigué, 80 q/ha au maximum en irrigué), tout comme dans le centre (15 à 25 q/ha, voire 10 q/ha en sols plus superficiels, 60 à 80 q/ha en irrigué). Seul point positif, le faible taux d’humidité au moment de la récolte.


Betteraves : des rendements très hétérogènes

En betteraves, les arrachages sont bien avancés, mais les résultats sont particulièrement disparates. À Étampes-Méréville, où environ 75 % des surfaces ont été récoltées, les rendements non irrigués oscillent entre 5 et 40 t/ha, pour une moyenne de 20 à 25 t/ha. À Dourdan-Limours, ils vont de 0 à 80 t/ha, avec une moyenne de 25 à 30 t/ha en non-irrigué. Dans le Vexin, l'écart atteint 15 à 90 t/ha selon la répartition des pluies, l'extrême est du département étant le plus touché. À Houdan-Rambouillet, les moyennes se situent entre 20 et 35 t/ha, avec quelques parcelles à 60 ou 70 t/ha. En Seine-et-Marne, les rendements sont très faibles. Si certaines parcelles atteignent 80 t/ha en irrigué, des parcelles sont non récoltées car non commercialisables, le sud du département étant particulièrement touché. Le rhizopus est fortement présent partout et certaines parcelles ne pourront pas être arrachées. À Étampes-Méréville, Clément Leclercq préconise alors deux passages de déchaumeur à disques pour scalper les betteraves, en alertant sur le risque de mouches pour la culture suivante.

Voir aussi [VIDÉO] Betteraves : une campagne hors norme

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