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Le lin textile se fait une place dans le nord du Loiret

Depuis trois campagnes, une dizaine d’agriculteurs cultivent du lin textile dans le nord du Loiret. Autour de Sermaises et Outarville, 250 hectares diversifient les cultures du secteur.

Encore discret dans les paysages agricoles du département, le lin textile y est cultivé depuis trois campagnes par plusieurs agriculteurs. À Sermaises, Dylan Thomin en cultive aujourd'hui 6 hectares.

Une diversification

Dans ces champs-là, pas question de sortir la moissonneuse : arrivé à maturité, le lin textile s’arrache entièrement du sol. Une culture encore inhabituelle dans le Loiret, loin des grands bassins historiques du nord-ouest de la France, mais qui commence à trouver sa place dans le nord du département. « Ça a commencé il y a trois ans », raconte Dylan Thomin. Une dizaine de producteurs participent aujourd’hui à la démarche sur un secteur qui s’étend de Sermaises et Outarville jusqu’à Angerville, dans l’Essonne. Au total, environ 250 hectares sont concernés sur ce bassin de production. L’objectif était notamment de réunir suffisamment de surfaces pour faire venir le matériel spécifique nécessaire à la récolte. « C’est une vraie diversification, une nouvelle culture. Ça permet d’avoir d’autres cordes à son arc », souligne Dylan Thomin.

Une culture à surveiller de près

La conduite commence avec du matériel bien connu des céréaliers. Après la destruction du couvert et la préparation du sol, le lin est semé au printemps avec un semoir à céréales, à faible profondeur. La qualité de l’implantation est déterminante. « Il faut un beau semis, un sol bien ressuyé et réchauffé », souligne l’agriculteur. La possibilité d’irriguer a aussi participé au choix du secteur. En l’absence de pluie au moment du semis, un apport d’eau peut sécuriser la levée. Les premiers centimètres sont particulièrement sensibles aux altises. « On va vraiment voir tous les jours son lin », explique Dylan Thomin. Passé le stade de 3 à 5 cm, le risque diminue nettement. Le lin demande relativement peu d’azote, mais tout est affaire d’équilibre. Une croissance excessive augmente notamment le risque de verse, ce qui peut pénaliser la qualité des fibres. La culture impose également une rotation longue : Dylan Thomin évoque six à huit ans avant son retour sur une même parcelle.

De la plante à la fibre

La récolte constitue la principale particularité de la culture. « Le lin, ça ne se récolte pas, ça s’arrache », résume Dylan Thomin. Les tiges sont retirées entières afin de conserver toute leur longueur, puis déposées à plat dans le champ. Commence alors le rouissage. Sous l’action de l’humidité et des micro-organismes, l’écorce se dégrade progressivement pour permettre de séparer plus facilement la fibre. Le lin est ensuite retourné pour homogénéiser le rouissage, puis pressé en bottes rondes. Celles-ci pèsent environ 200 à 230 kg. Elles sont ensuite stockées sous hangar, parfois jusqu’au printemps suivant, avant de partir au teillage. Cette étape permet de séparer la filasse du reste de la plante. La rémunération du producteur dépend notamment du taux de filasse obtenu.

Une campagne 2026 très précoce

Cette année, la chaleur a fortement bousculé le calendrier. « Les lins ont été arrachés très très tôt. Du jamais-vu », constate Dylan Thomin. Dans le secteur, certaines parcelles ont été arrachées dès le mois de juin, alors que les travaux interviennent habituellement plutôt à partir de la mi-juillet. Malgré les aléas, le lin reste pour l’agriculteur une vraie diversification. Une diversification toutefois très encadrée : les surfaces sont définies avec les opérateurs de la filière et ne peuvent pas être augmentées librement.

Pour l’heure, les producteurs du secteur continuent donc d’apprivoiser cette culture exigeante. Avec seulement trois campagnes de recul, le lin reste encore une petite curiosité dans les plaines du nord du Loiret. Mais désormais, il y a aussi du textile qui pousse dans les champs du département.

Le lin en chiffres

176 000 hectares. C’est la surface de lin fibre estimée en France en 2025, en hausse de 11 % sur un an. La sole a plus que triplé en quinze ans.

Plus de 90 % des surfaces françaises sont concentrées entre la Normandie et les Hauts-de-France. En 2025, ces deux régions comptaient respectivement environ 101 000 et 60 000 hectares.

1er producteur mondial. La France occupe la première place mondiale pour la production de lin fibre, selon Agreste.

1 hectare = environ 4 000 chemises. Selon l’Alliance for European Flax-Linen & Hemp, un hectare de lin européen permet théoriquement de produire environ 900 kg de fil, soit l’équivalent de 4 000 chemises ou 3 750 m2 de tissu.

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