Le nouveau préfet d'Eure-et-Loir mis face aux problématiques agricoles
À l'invitation de la FNSEA et de JA 28, le nouveau préfet d'Eure-et-Loir a visité deux exploitations mercredi 7 octobre. Il a été reçu chez Damien Delachaume à Champseru, puis chez Bertrand Le Bris à Gallardon. Les problématiques du moment ont été abordées.
À l'invitation de la FNSEA et de JA 28, le nouveau préfet d'Eure-et-Loir a visité deux exploitations mercredi 7 octobre. Il a été reçu chez Damien Delachaume à Champseru, puis chez Bertrand Le Bris à Gallardon. Les problématiques du moment ont été abordées.
Un mois après son arrivée dans le département, le préfet d'Eure-et-Loir, Xavier Pelletier, répond à l'invitation de la FNSEA, de Jeunes agriculteurs et des organisations professionnelles agricoles du département à venir découvrir l'agriculture eurélienne. C'est ainsi que, mercredi 7 octobre, il est reçu sur l'exploitation de Damien Delachaume à Champseru (Eure-et-Loir), puis sur celle de Bertrand Le Bris à Gallardon (Eure-et-Loir).
15 tonnes de betteraves
Il s'agit d'abord de mettre le nouveau préfet au diapason d'une problématique qui touche toute la filière betteravière cette année. « Je fais de la betterave depuis 2010 et je n'ai jamais vu ça, témoigne Damien Delachaume. Normalement ici, en sec, on fait entre 60 et 70 tonnes, là, je ne suis pas sûr d'en faire 15 ». Le président de la CGB Centre-Val de Loire, Alexandre Pelé, explique : « La culture a bien démarré, puis avec la sécheresse, le rhizopus est entré et a fait pourrir la plante. Le rendement ne couvrira pas ses frais. Dans la région, en sec, les rendements vont de 0 à 30 tonnes et de 50 à 100 en irrigué. C'est une catastrophe pour la filière, l'usine de Corbeilles va tourner 55 jours au lieu de 110 », se désespère-t-il.
La discussion embraye avec Xavier Pelletier sur la question de l'assurance climatique. « Pour nous, il y a le sujet de l'indemnisation des planteurs, pointe Alexandre Pelé. Il y a deux voies, l'assurance climatique et l'Indemnité de solidarité nationale (ISN). Or, nous voulons faire remonter que les assureurs veulent appliquer une franchise sanitaire. C'est un combat pour nous car le rhizopus est lié à la sécheresse et à l'excès de chaleur. L'autre voie, c'est l'ISN, le guichet de l'État, et cette franchise sanitaire pourrait s'appliquer également ».
« L'enjeu est de faire reconnaître l'aléa climatique. Sans sécheresse, il n'y a pas de développement du rhizopus », résume le président de la chambre d'Agriculture, Yohann Serreau, qui ajoute qu'il y a aussi un enjeu pour l'assurance climatique, s'il n'y a pas d'indemnités, les agriculteurs ne vont plus s'assurer. « Il faut harmoniser avec les autres départements producteurs, nous sommes en contact avec eux, répond Xavier Pelletier. Je fais remonter une note au directeur de cabinet de la ministre pour que l'on soit sur le même pied avec tous les départements concernés, que l'on avance les mêmes arguments ».
Écarter la franchise sanitaire ?
À la suite de Damien Delachaume, qui s'est armé d'une bêche, tout le monde s'avance dans la parcelle pour constater les dégâts. Entre quelques betteraves chétives, d'autres sont noircies et détruites par le champignon. Parmi celles qui ont survécu, certaines sont plus ou moins atteintes voire victimes d'une carence en bore du fait de la sécheresse. Entre-temps, Xavier Pelletier a obtenu une réponse du ministère : « Il y a bien une négociation avec les assureurs pour que la prise en charge soit la même sur tous les terroirs et ils seraient en bonne voie d'écarter la franchise sanitaire. La ministre doit faire des annonces demain (le 8 octobre, NDLR) au Sommet de l'élevage ».
La visite se poursuit chez Bertrand Le Bris, à Gallardon (Eure-et-Loir), sur une parcelle de colza. On l'aurait dit semé de dix jours mais le semis avait été effectué le 4 septembre. Faute de pluie, seules quelques plantules pointaient le bout de leur nez. « Il a été semé dans le sec et n'a jamais pris », explique l'exploitant. Cette séquence est le moment d'évoquer les difficultés rencontrées à la sortie de l'été pour emblaver cette sole si importante en Eure-et-Loir. « En colza, il y a des parcelles qui ont été ressemées trois fois à cause des punaises et les petits colzas sont maintenant sensibles à d'autres ravageurs. Se battre avec la météo, c'est le propre de l'agriculteur, mais le problème est que nous avons très peu de solutions pour réagir », souligne le secrétaire général de Jeunes agriculteurs et exploitant sur le bassin chartrain, William Diop, qui pointe le manque de solutions techniques ou les difficultés d'accès à l'eau.
Assises de l'eau
Sur ce point, Xavier Pelletier annonce sa volonté d'ouvrir des Assises de l'eau : « Il faut que l'on parle de ces sujets : le stockage d'eau, la réutilisation des eaux des stations d'épuration ». Le président de la FNSEA 28, Bertrand Petit, précise que « la station de Gallardon, c'est 800 m3 rejetés tous les jours, multiplié par 365, il y a de quoi arroser ». Il est temps ensuite, Xavier Pelletier ne pouvant consacrer que deux heures à cette première rencontre, de l'inviter en salle pour un tour d'horizon complet des autres problématiques agricoles (voir ci-dessous).
Après cela, Bertrand Le Bris décrit son exploitation, explique pourquoi il s'est diversifié en viticulture et propose à tout le monde de goûter sa production du Domaine de l'Épaule. Ce qui permet aux discussions de se poursuivre…
« Il faut faire un Forum de l'agriculture »
Après avoir été sensibilisé aux difficultés rencontrées avec les cultures de betteraves et de colza, le préfet Xavier Pelletier est invité, mercredi 7 octobre, à écouter ce que les secrétaires généraux de la FNSEA 28, Quentin Le Guillous, et de Jeunes agriculteurs d’Eure-et-Loir, William Diop, ont à lui dire. Cette rencontre se déroule dans une salle du chai de Bertrand Le Bris, où ont pris place les représentants des organisations professionnelles agricoles du département.
Renationaliser la DJA
C'est le plus jeune qui commence : « Notre problème aujourd'hui, c'est la Dotation jeune agriculteur (DJA) qui est longue à percevoir. Cette aide est censée nous être versée la première année, à titre personnel je l'ai touchée quatorze mois après. On se demande s'il ne faudrait pas la renationaliser car on se retrouve avec de grosses disparités entre régions ». William Diop parle aussi de l'aide à l'engrais qui met en porte-à-faux les trésoreries au moment où s'engagent les travaux d'automne. Il évoque également le retrait du flufénacet, alors que des produits qui sont dans les tuyaux, autorisés ailleurs et qui ont fait leurs preuves, n'ont pas encore obtenu leur autorisation…
Parole, parole, parole…
À son tour, Quentin Le Guillous s'exprime : « Malheureusement aujourd'hui, la parole politique dans les exploitations en difficulté, tant qu'on n'a pas les acquis, elle s'arrête là. Il faut faire remonter à la ministre que l'urgence, c'est là, maintenant, pas demain. Annoncer des aides pour l'engrais, le GNR, que l'on met six mois à payer, ce n'est pas de l'urgence ». Le secrétaire général de la FNSEA parle aussi du sujet des distorsions de concurrence au sein de l'Europe et pointe les nouvelles exigences sur le taux de cadmium dans les engrais phosphatés : « La norme européenne, c'est 60 mg/k. La France vient de décider que ce serait 40 mg en 2028 et 20 mg en 2030 ».
Voir aussi Quentin Le Guillous : « Des annonces, oui, un cap, pas encore »
Le préfet prend note de ces demandes et se retranche de nouveau derrière les annonces prévues de la ministre de l'Agriculture le lendemain : « Je ne suis pas ministre, plaide-t-il. Je suis le représentant du gouvernement sur le département. Il y a des points sur lesquels les réponses sont immédiates : la TFNB (Taxe sur le foncier non bâti, NDLR), c'est immédiat, le plan Casi, on le met en œuvre, les calamités agricoles, ça y est, nous avons eu la réponse ».
« Quelle agriculture demain ? »
Le secrétaire général de la FNSEA 28 poursuit en faisant un parallèle entre des éleveurs contraints de décapitaliser leurs troupeaux pour pouvoir acheter du foin à prix d'or et un planteur de betteraves qui, face à l'ampleur des pertes de l'année, décide d'arrêter cette culture, ou des agriculteurs de la région qui ne vont plus cultiver car cela coûte trop cher : « Il faut savoir ce que l'on veut, quelle agriculture pour demain ? Comment on fait pour s'adapter au changement climatique ? Quand va-t-on financer de l'accompagnement, de la recherche sur de nouvelles cultures ? Il faudrait se mettre autour de la table et trouver des solutions pour donner des perspectives à des jeunes pour s'installer ».
Département pilote
« Je suis en phase avec ça, répond Xavier Pelletier. La recherche et le développement, c'est incontournable. Il faut que collectivement l'on embraye sur tous ces sujets. Ne pas attendre que Paris nous donne le feu vert. Il faut que l'on soit un département pilote, qu'on innove, qu'on expérimente. Si on arrive à enclencher des choses, on sera regardé positivement et nous aurons des aides. Il faut que l'on fasse un Forum de l'agriculture, où l'on arrive avec nos capacités de travail, de réflexion, pour tracer un certain nombre de grandes lignes et voir quels financements on peut obtenir, quels organismes sont prêts à nous aider. Il n'y a que comme ça qu'on y arrivera ».