Les coûts s'emballent : les Universités du soir proposent des solutions
La chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir a consacré la 53e édition de ses Universités du soir, lundi 4 mai en direct sur Teams, à la façon de se prémunir des conséquences de l'explosion des coûts de production.
La chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir a consacré la 53e édition de ses Universités du soir, lundi 4 mai en direct sur Teams, à la façon de se prémunir des conséquences de l'explosion des coûts de production.
Face à l'explosion des coûts de l'énergie et les questions qu'elle suscite, la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir a décidé d'organiser en urgence une édition spéciale de ses Universités du soir, diffusée en direct sur Teams lundi 4 mai.
Hausse brutale
Au fil de la soirée, présentée par l'élue chargée de ces sessions, Élodie Levacher, trois conseillers de la Chambre se succèdent. À commencer par Thomas Gaujard qui rappelle d'abord que depuis vingt ans, les charges opérationnelles et de structure ont progressé de 25 euros par hectare et par an, dont 10 euros pour la mécanisation. « Mais si on se projette sur 2027, ou 2026 déjà bien engagée, nous voyons que le coût du GNR est reparti à la hausse et que le prix de l'urée a explosé avec plus 50 % en deux mois alors que le marché des céréales ne décolle pas », pointe-t-il.
Pour mesurer l'impact de ses nouvelles hausses, il utilise deux outils développés par Arvalis et deux hypothèses, l'une raisonnable et l'autre plus catastrophique, et au final, les charges opérationnelles pour un blé augmentent de 14 euros à 22 euros/tonne selon l'hypothèse. Aussi, pour Thomas Gaujard, le premier levier à activer est la sobriété et l'efficience des intrants, mais aussi l'optimisation du parc matériel, puisque l'on observe une différence de 285 euros/hectare entre les 20 % d'exploitations les plus performantes et les 20 % les moins performantes.
Productions rentables
Patricia Huet prend le relais pour évoquer les possibilités d'évolution de son assolement « vers des productions économiquement rentables, c’est-à-dire qui couvrent les charges et dégagent un filet de sécurité », précise l'agronome qui pose en préalable de chiffrer les coûts de production. Elle propose de se tourner vers des cultures moins énergivores comme le sarrasin, le tournesol, les protéagineux, le lin ou les céréales de printemps. Elle montre ensuite une matrice qui détermine en fonction de trois niveaux de charge et trois niveaux de prix, quel rendement il faut atteindre pour dégager telle ou telle marge brute.
L'agronome suggère de façon plus radicale, sur certaines parcelles à faible réserve hydrique ou infestées de graminées et en prévision de l'arrêt du flufénacet, d'y engager le moins de charges possible et déstocker des graminées, en y implantant un couvert tardivement… Elle poursuit son propos en parlant de l'adaptation de son itinéraire technique. Patricia Huet pointe qu'avec la montaison rapide de cette année, on pouvait se passer de régulateur ou que la faible pression maladie permettait, hors cas spécifique, d'adapter son programme fongicide. Quant au colza, pour elle l'adaptation réside dans l'obtention d'un colza robuste dès le départ.
Dose X robuste
Jean-Baptiste Gratecap intervient ensuite au sujet des moyens de contenir les dépenses de fertilisation. Il rappelle l'impact de la baisse des doses d'azote sur les cultures. Ainsi en blé, 40 unités de moins ont un impact de 4 quintaux et 0,7 point de protéines, il ne devient rentable qu'en cas de scénario catastrophe. Pour lui, la dose X, bien calculée, est toujours la plus robuste. Baisser la dose de 40 unités sur colza est encore plus pénalisant. En revanche, cette réduction n'est pas un handicap pour le maïs dont la courbe de réponse à l'azote est plus plate. « Pour faire des économies d'azote sans risque de baisse de rendement ou de marge, il suffit de calculer correctement ses doses », résume l'agronome, qui met en garde aussi sur l'utilisation de produits miracles qui n'ont jamais fait leurs preuves.
Dans sa conclusion, l'élu Chambre chargé de l'agronomie, Émilien Marcault, relève le besoin d'informations claires et d'analyses pertinentes et neutres dans ce contexte. Et pour lui, il faut continuer à approfondir le travail sur l'agronomie et sur l'économie, pour être capable de prendre les bonnes décisions.