Gastronomie
Marie Gricourt, la recette d’une consécration
La cheffe du restaurant Gric, à Orléans (Loiret), a décroché le titre de Meilleure ouvrière de France jeudi 8 octobre, à Lille. Originaire d'Estouy, près de Pithiviers, elle revient sur cette consécration, sa préparation intense et le soutien des producteurs locaux qui l'ont accompagnée dans cette aventure.
La cheffe du restaurant Gric, à Orléans (Loiret), a décroché le titre de Meilleure ouvrière de France jeudi 8 octobre, à Lille. Originaire d'Estouy, près de Pithiviers, elle revient sur cette consécration, sa préparation intense et le soutien des producteurs locaux qui l'ont accompagnée dans cette aventure.
Quelques jours après l'annonce des résultats, Marie Gricourt peine encore à réaliser. La cheffe orléanaise fait partie des treize cuisiniers sacrés Meilleurs ouvriers de France (MOF) lors de la finale organisée à Lille jeudi 8 octobre. Une distinction prestigieuse qu'elle n'osait pas imaginer. « Je ne voulais pas trop espérer pour ne pas être trop déçue. C'est quelque chose que je n'avais même pas envisagé », confie-t-elle. La joie a été d'autant plus forte qu'elle était entourée de ses proches : « J'avais la chance de les avoir près de moi ». Malgré les félicitations, l'événement conserve quelque chose d'irréel : « Pour l'instant, il n'y a pas eu la cérémonie de remise de col, donc c'est un peu difficile d'y croire ».
Une cheffe loirétaine
Cette récompense vient couronner un parcours commencé dans le Pithiverais. Originaire d'Estouy, Marie Gricourt s'est formée au CFA Médéric, à Paris, avant d'obtenir le titre de Meilleure apprentie de France en 2013. Elle a ensuite fait ses armes dans plusieurs grandes maisons, notamment au Pré Catelan, au Fouquet's et au Bristol. Son parcours l'a ensuite conduite dans les cuisines de l'Élysée, auprès de Guillaume Gomez. De retour dans le Loiret, elle a travaillé aux côtés de Christophe Hay, puis elle a pris la direction des cuisines de La Table d'à côté, à Ardon (Loiret). En septembre 2023, elle a franchi une nouvelle étape en ouvrant son propre restaurant, Gric, rue des Halles à Orléans (Loiret). Un établissement où elle défend une cuisine inspirée des recettes familiales et des produits du terroir.
Quinze jours d'entraînement avec son père
Pour décrocher le titre de MOF, la cheffe a dû consacrer de longs mois à sa préparation. Après une première épreuve de qualification en février et une demi-finale en mai, elle a choisi de fermer son restaurant pendant deux semaines afin de se concentrer sur la finale. « Je me suis mise avec mon papa, qui est mon coach depuis le début, un petit peu enfermée dans le restaurant, matin, midi et soir, à potasser le sujet », raconte-t-elle. Une préparation particulièrement intense, puisque les candidats ne disposent que de quinze jours pour travailler les recettes imposées.
À Lille, la fatigue et le stress étaient bien présents, mais la compétition s'est déroulée dans une atmosphère qu'elle décrit comme bienveillante. « Peu importe dans quel restaurant on travaille, le parcours qu'on a fait, tout démarre à zéro à ce moment-là, et on part tous avec les mêmes chances. » Les épreuves demandaient une maîtrise technique irréprochable, mais aussi une capacité à s'adapter aux nouvelles attentes des consommateurs. Parmi les préparations imposées figuraient notamment des tartelettes sans gluten. Une contrainte qui a nécessité de nombreux essais. « On a fait des essais de pâtes sans gluten pendant des jours. C'est quelque chose que je remettrai à ma carte », explique la cheffe.
Les producteurs mobilisés pour la finale
Derrière cette réussite se cache aussi une belle mobilisation du monde agricole. Pour préparer ses recettes, Marie Gricourt a pu compter sur les producteurs avec lesquels elle travaille habituellement, mais aussi sur d'autres agriculteurs contactés spécialement pour l'occasion. Le colvert nécessaire à l'une des épreuves provenait notamment des chasses de Sologne. Pour les préparations sans gluten, elle a utilisé la farine de sarrasin bio de la famille de Rochefort, avec laquelle elle travaille déjà. La recherche des poires Williams rouges s'est révélée plus compliquée. La saison touchait à sa fin et son fournisseur habituel n'en avait plus. Grâce au bouche-à-oreille, un autre producteur a finalement accepté d'en cueillir spécialement pour elle. Même solidarité pour le cassis : sa productrice d'œufs l'a mise en relation avec un agriculteur qui en avait conservé au congélateur. « Tous les agriculteurs sont super soudés, tout le monde m'a aidée. C'est trop beau à voir », se réjouit Marie Gricourt. Pour elle, ces échanges ont largement dépassé le simple approvisionnement en matières premières. « Humainement, c'est un concours qui est incroyable. On voit la solidarité de chacun. » Ce soutien a renforcé les liens qu'elle entretient avec les producteurs de son territoire. « C'est très important d'avoir ce noyau de producteurs qui travaillent avec moi au quotidien, qui m'a beaucoup aidée à en découvrir d'autres », souligne-t-elle.
Une nouvelle étape pour Gric
Avec ce titre, Marie Gricourt rejoint le cercle très fermé des femmes distinguées dans la catégorie cuisine du concours des Meilleurs ouvriers de France. Avant cette édition, seules Andrée Rosier, en 2007, et Virginie Basselot, en 2015, avaient décroché cette récompense. Avec Margaux Moisière, elle aussi sacrée cette année, elles sont désormais quatre. Déjà récompensée par Gault&Millau, la cheffe voit son travail reconnu au plus haut niveau, trois ans seulement après l'ouverture de son établissement orléanais.
Si elle doit encore prendre la mesure de cette distinction, Marie Gricourt n'entend pas renoncer à son envie d'entreprendre. « Depuis qu'on a le restaurant, j'adore avoir un projet par an. Je trouve que ça fédère et, pour les équipes, c'est important d'avoir un but », conclut-elle. À suivre donc.