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Eau
Sdage : comprendre la mobilisation agricole

Lors de la mobilisation mardi 28 avril devant l’Agence de l’eau à Orléans, FNSEA et Jeunes agriculteurs ont dénoncé le projet de Sdage* Loire-Bretagne 2028-2033. Pourquoi ce texte technique mais structurant suscite-t-il autant d’inquiétudes dans le monde agricole ?

Mardi 28 avril, à Orléans. Les agriculteurs mobilisés devant l’Agence de l’eau ont symbolisé leurs inquiétudes face au Sdage*, estimant que l’accès à l’eau et les projets de stockage conditionnent directement l’avenir des exploitations.
Mardi 28 avril, à Orléans. Les agriculteurs mobilisés devant l’Agence de l’eau ont symbolisé leurs inquiétudes face au Sdage*, estimant que l’accès à l’eau et les projets de stockage conditionnent directement l’avenir des exploitations.
© F.J. - Horizons

La mobilisation du 28 avril devant l’Agence de l’eau Loire-Bretagne à Orléans s’inscrit dans un contexte de fortes inquiétudes autour du futur Sdage* 2028-2033, ce document de planification qui encadre l’ensemble de la gestion de l’eau. Peu connu du grand public, le Sdage s’impose pourtant à tous. Concrètement, aucun projet, irrigation, retenue ou bâtiment ne peut voir le jour s’il n’est pas compatible avec ses orientations. Pour FNSEA et Jeunes agriculteurs, l’enjeu est donc majeur.

Un accès à l’eau au cœur des tensions

Pour les organisations agricoles, le point central reste l’accès à l’eau. Dans un contexte de changement climatique, marqué par des sécheresses plus fréquentes et des pluies plus irrégulières, l’eau est considérée comme un facteur de production essentiel. Les agriculteurs rappellent que l’irrigation n’est pas un outil de confort, mais un outil de sécurisation des rendements. Sans eau au moment clé (floraison ou remplissage du grain), une récolte peut être fortement dégradée, voire perdue. Dans ce contexte, le stockage de l’eau apparaît comme une réponse d’adaptation. Le principe est de capter l’eau excédentaire en hiver pour la restituer en été, limitant ainsi la pression sur les milieux en période d’étiage.

Un projet jugé trop restrictif

C’est précisément sur ce point que le projet de Sdage cristallise les tensions. FNSEA et JA dénoncent un texte qui limiterait l’accès à l’eau sans garantir des solutions alternatives, notamment en matière de stockage. Certaines dispositions sont particulièrement critiquées, comme l’encadrement renforcé des prélèvements ou encore des contraintes administratives jugées trop lourdes.

Les syndicats pointent également des incertitudes autour des études HMUC (Hydrologie, milieux, usages et climat), basées selon eux sur des modèles parfois éloignés du terrain.

Autre sujet de crispation : la gestion des zones humides. Le projet prévoit des règles de compensation et des inventaires à des échelles fines, susceptibles de bloquer des projets agricoles, y compris de petite taille.

Question de cohérence des politiques publiques

Au-delà des aspects techniques, FNSEA et JA dénoncent un manque de cohérence. Plusieurs rapports officiels récents — du Varenne de l’eau au Plan eau du gouvernement — insistent sur la nécessité de développer le stockage et de sécuriser l’accès à la ressource. Dans le même temps, le projet de Sdage est perçu comme un frein à ces orientations. Les syndicats évoquent un « effet rouleau compresseur », pointant le fait que leurs remarques n’auraient pas été prises en compte. Ils dénoncent aussi une gouvernance jugée déséquilibrée, avec une place insuffisante accordée aux représentants agricoles dans les instances de décision.

Souveraineté alimentaire en ligne de mire

Derrière la question de l’eau, c’est celle de la production qui est posée. Pour FNSEA et JA, limiter l’accès à l’eau revient mécaniquement à limiter la production agricole. Or, dans un contexte où la France importe déjà une part croissante de son alimentation, notamment sur certaines filières, les syndicats alertent sur un risque accru de dépendance. « Moins d’eau pour nos fermes, c’est plus de produits alimentaires importés », résument FNSEA et JA. Une évolution qui poserait, selon eux, la question de la souveraineté alimentaire, mais aussi des conditions de production à l’étranger.

Un appel à revoir le texte

Face à ces inquiétudes, les organisations agricoles demandent une réécriture du projet de Sdage. L’objectif : construire un cadre jugé plus équilibré, conciliant protection de la ressource et maintien d’une agriculture productive. Elles plaident pour une approche plus territorialisée, tenant compte des réalités locales et pour une simplification des procédures afin de faciliter les projets d’adaptation.


*Schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux.

Stocker l’eau, un enjeu d’avenir

Dans un contexte de changement climatique, l’accès à l’eau devient un enjeu central pour l’agriculture. Selon Météo-France, les pluies intenses devraient se renforcer, avec des épisodes plus courts mais plus violents, favorisant le ruissellement au détriment de l’infiltration. Dans le même temps, la hausse des températures entraîne une augmentation de l’évapotranspiration des cultures, estimée à + 20 %, réduisant la ressource disponible en période estivale. À plus long terme, les travaux du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) montrent que l’évolution des nappes souterraines reste incertaine, avec des tendances pouvant aller vers un assèchement ou de forts contrastes saisonniers selon les scénarios climatiques. Ce double constat — excédents d’eau en hiver/déficit en été et incertitudes sur la recharge des nappes — renforce les enjeux d’adaptation. Dans ce contexte, le stockage de l’eau apparaît comme un levier pour capter une partie des excédents hivernaux et sécuriser les usages en période sèche.

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