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Édito
Guillaume Moret : « Sécheresse, revenus, avenir : les agriculteurs ont besoin de soutien et d’un cap »

Présent au Festival de la terre à Attainville (Val-d’Oise) le week-end dernier, Guillaume Moret, président de la FDSEA Île-de-France, est revenu sur les dernières semaines qui ont marqué l’actualité agricole. Voici un extrait de sa prise de parole.

« La loi d'urgence agricole que nous avons portée a été adoptée par le Parlement courant juillet puis promulguée par le Président de la République le 18 août. Elle comporte de réelles avancées pour lever certaines contraintes qui pèsent sur nos exploitations, notamment pour la protection des plantes ou pour l'accès à l'eau. C'est une vraie victoire syndicale pour notre réseau, obtenue après des mobilisations massives tout au long de l'hiver dernier, jusqu'au rassemblement de près de 500 agriculteurs devant l'Assemblée nationale. Nous pouvons en être fiers. Néanmoins, nous resterons vigilants à ce que cette loi soit bien mise en application en totalité.
Sur le plan agricole, l'année aura été marquée par des conditions climatiques extrêmes. Après un hiver qui avait permis de recharger nos nappes phréatiques, le printemps et l'été ont été marqués par une grande sécheresse et une succession d'épisodes caniculaires. Pour l'agriculture, c'est un été meurtrier. Les maraîchers ont des pertes considérables pouvant être totales pour certaines cultures. Elles atteignent régulièrement 60 à 70 %. L'irrigation et la protection des cultures n'ont pas permis de sauver les récoltes. Pour les arboriculteurs, même constat, les fortes chaleurs ont fait avorter les fruits. Les horticulteurs et les pépiniéristes ne sont pas mieux lotis. Pour les grandes cultures, si les récoltes d'été ont été très moyennes à l'échelle de l'Île-de-France, les récoltes encore sur pied s'annoncent catastrophiques. Il faut ajouter les épisodes de grêle dévastateurs. La situation est désastreuse et certains agriculteurs auront du mal à se relever de cette situation inédite.
Les agriculteurs ont besoin, dans l'urgence, d'un soutien financier pour leurs trésoreries. Le soutien doit venir de tous : États, Régions, Départements, collectivités, consommateurs, organismes bancaires et assurances, et, bien entendu, notre solidarité agricole. Nous avons bien entendu les annonces de la ministre. Elles sont nombreuses et marquent une volonté, mais, au-delà des communications, sont-elles suffisantes ? Où sont les réels soutiens à la production ? Où est l'année blanche ? Les prêts à taux zéro ? La simplification administrative ? La ministre a-t-elle bien pris conscience de la catastrophe ?
Les consommateurs ne doivent pas se détourner des productions françaises sous prétexte d'une esthétique imparfaite ou d'un prix supérieur aux produits importés. Les prix de nos produits, c'est le vrai prix, celui qu'il faut accepter de payer pour voir encore des agriculteurs demain en France. Dans l'urgence, les agriculteurs ont donc besoin d'un accompagnement économique et d'un soutien financier, mais ils ont aussi besoin de savoir ce qu'on attend d'eux demain. Nous avons besoin d'un cap, d'un objectif et qu'on nous laisse la latitude de les atteindre. S'adapter passe souvent par de nouvelles productions, de nouvelles filières ou de nouveaux modes de commercialisation. Ici, à Attainville, des agriculteurs innovants ont voulu construire un méthaniseur ou un magasin de produits fermiers. Les autorisations leur ont été refusées.
Ce Festival de la terre est l'occasion de se rendre compte que, dans le Val-d’Oise, il n'y a pas besoin d'un personnage de bande dessinée japonaise pour passer un bon moment. Si d'aventure, il devait y avoir un parc d'attractions dans le Val-d’Oise, nous serons très vigilants à ce qu'il ne consomme pas de surface agricole, surtout quand cela n'est pas prévu dans le Sdrif-E (Schéma directeur de la région Île-de-France environnemental, NDLR). Comment pourrait-on accepter la construction d'un parc d'attractions alors que l'architecte des Bâtiments de France nous refuse toute construction de méthaniseurs, de bâtiments avec toiture photovoltaïque ou de serre maraîchère ? Notre besoin premier est de nous nourrir. La souveraineté alimentaire doit passer avant nos désirs de distraction. »

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