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Sortie d'hiver : un démarrage sur les chapeaux de roues

Tandis que le printemps réchauffe les terres, petit tour de plaine en sortie d'hiver avec l'agronome de la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir, Patricia Huet, et l'élu référent pour le conseil agricole, Émilien Marcault.

En cette mi-avril, ici dans le Thymerais, les colzas et les céréales d'automne font plutôt bonne figure. Mais un peu d'eau serait bienvenue…
En cette mi-avril, ici dans le Thymerais, les colzas et les céréales d'automne font plutôt bonne figure. Mais un peu d'eau serait bienvenue…
© H.C. - Horizons

« Un point positif d'abord, par rapport aux deux campagnes précédentes, nous avons eu des conditions d'implantation favorables pour le colza et les cultures d'automne », souligne l'élu référent pour le conseil agricole à la chambre d'Agriculture d'Eure-et-Loir, Émilien Marcault, qui, aux côtés de l'agronome Patricia Huet, fait un point avec nous sur l'état de la plaine en sortie d'hiver.

Des stades bien avancés

Bien implantées, ces cultures présentent aujourd'hui des stades de culture avancés : « Pour un semis du 1er octobre, nous cumulons mi-avril 1 600 °C base 0, pose Patricia Huet. Une somme de température habituellement atteinte au 8 mai. Cette quasi-absence d'hiver et les températures excédentaires expliquent cette avance de stades exceptionnelle. Tout a deux à trois semaines d'avance ».

« Ce qui peut être déroutant en termes d'interventions, remarque l'élu. Il faut s'adapter, observer, faire le tour de ses parcelles. C'est l'intérêt de ce métier. Mais faire un T1 au stade dernière feuille étalée, ça ne m'était jamais arrivé ».

Floraison du colza

Concernant la floraison du colza, l'institut Terres Inovia a remonté des situations de floraisons lentes et de stagnation de culture : « Nous avons observé une forte pression méligèthes au stade bouton dans l'ouest du département, les plantes ont eu des difficultés à fleurir, confirme l'agronome de la Chambre. Pour d'autres, l'origine est plutôt multifactorielle : parcelles à faible biomasse en sortie d'hiver et gros coup de chaleur, les plantes ne pouvaient pas faire la photosynthèse nécessaire pour tenir le rythme, elles ont végété. Parfois aussi une pression des larves d'altises et des charançons du bourgeon terminal plus importante, les insectes ayant continué leur cycle en l'absence de coup de froid. Et il y a des parcelles moins bien implantées, toutes n'ont pas bénéficié d'orages estivaux, or si l'enracinement n'est pas terrible, les plantes ont patiné de mars à avril. Mais le fort rayonnement a permis de refleurir, le colza a de la ressource ».

Même s'il est très présent et visible en ce moment, il n'y a pas que du colza dans la plaine. En attendant les cultures de printemps, il se dispute la sole avec le blé et les orges. Sur ces cultures : « L'aspect variétal s'exprime vis-à-vis des maladies, relève Émilien Marcault. Il y a des plantes à traiter et d'autres pour lesquelles ce n'est pas utile. Le choix variétal que l'on a aujourd'hui permet d'être plus serein, surtout sur l'escourgeon qui a un rythme plus rapide ».

Vigilance rouille brune

Pour Patricia Huet : « Les variétés tolérantes ont permis de passer à côté de quelque chose au niveau de l'impact des pucerons. Pour sa part, la pression maladie est relativement faible en raison du mois de mars plutôt sec, mais la vigilance reste de mise sur les rouilles. La rouille jaune est observée sur les variétés Prestance et Pondor et la rouille brune, à laquelle de nombreuses variétés sont sensibles, commence à apparaître. Sur les orges de printemps semées d'automne, la rhynchosporiose a été particulièrement intense et a dû être contrôlée par des interventions fongicides courant montaison ».

Quant au statut azoté : « Nous avons eu peu de pluie mais assez pour l'azote », note l'élu Chambre, et la biomasse réduite des plantes du fait d'une montaison très rapide a aidé également pour que ce statut soit jugé correct.

Là où le bât blesse, c'est au niveau du salissement : « Le retrait progressif de matières actives peut rendre les choses plus problématiques dans certaines zones », alerte Émilien Marcault. « Nous n'avons pas trouvé de programme alternatif au retrait du flufénacet, ajoute Patricia Huet. Que va-t-il se passer en 2027 quand nous n'aurons plus le droit de l'utiliser ? C'est une angoisse pour le monde agricole. Nous avons besoin de soutien chimique en plus des leviers agronomiques ».

D'autant que « les résultats des essais menés actuellement par la Chambre, à Miermaigne ou en microparcelles, avec les produits sur le marché encore utilisables à moyen terme, ne sont pas encourageants, déplore l'agronome. Nous n'avons pas de modalité efficace et sélective pour les cultures. Et l'étau est encore plus serré en sol drainé, soit le tiers du territoire, le nombre de matières actives autorisées y est encore plus faible ».

Du côté des cultures de printemps, leur implantation s'est là aussi déroulée dans de bonnes conditions. « Les semis de maïs sont réalisés en grande partie, c'est l'enseignement des années antérieures. Les pommes de terre sont bien avancées également. Les pois sont particulièrement beaux. Tout est bien implanté pour aller au bout, c'est rassurant », estime Patricia Huet.

Mais si la plaine a démarré sur les chapeaux de roues, elle va peut-être manquer de précipitations… « Nous atteignons la réserve de survie sur les sols superficiels et le coup de chaleur a fait perdre 30 millimètres d'évapotranspiration. Nous arrivons dans des moments importants pour les plantes, un coup d'eau serait bienvenu », juge l'agronome.

Préoccupations légitimes

Tout ceci est assez rassurant mais « la préoccupation des agriculteurs, ce sont les charges de fonctionnement dans le contexte géopolitique actuel, tempère Émilien Marcault. On parle déjà des engrais pour la prochaine campagne… Je pense qu'il faut rester calme, ne pas paniquer, rester en mode chef d'entreprise. Pour l'instant, on ne sait pas où on va, ce n'est pas le moment de prendre une décision. Et vu les coûts de production, il faut réfléchir dès maintenant à l'assolement qui préserve l'EBE. Faire du blé meunier, par exemple, devient coûteux… ».


Des repères

Compte tenu de ce contexte déroutant, la chambre d'Agriculture consacrera ses prochaines Universités du soir, lundi 4 mai, à ces thématiques : gérer l'engrais, l'irrigation, bâtir un assolement adapté…

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