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Production
Souveraineté alimentaire : le cas des fraises

À l'heure où la souveraineté alimentaire est en passe d'être inscrite dans la loi, nous revenons sur le cycle de production et de consommation d'un fruit emblématique : la fraise.

C'est une photo qui a fait réagir Marie-Laure Gousseau, agricultrice et productrice de fraises à Orgeval (Yvelines) : celle d'une barquette de fraises dans les rayons d'un supermarché, en plein mois de janvier. Dans ses serres, l'agricultrice se prépare tout juste à planter, pour une production d'ici fin avril, début mai. C'est le cycle « normal » pour la fraise.

La photo de la barquette de fraises de janvier n'étonne pas plus que cela Nathalie Moret, également productrice de fraises, au Plessis-Gassot (Val-d'Oise). « Chaque année, nous sommes soumis à une concurrence de fraises venant d'Europe du Sud, et parfois de plus loin. Récemment, on m'a envoyé une image de fraises d'Egypte ! », commente-t-elle. Dans son espace de 2 000 m2, les premiers plants de fraisiers sont en train de pousser. On voit tout juste apparaître les bourgeons des fleurs, qui se transformeront ensuite en fruits. « Cela fait quatorze ans que je fais des fraises ; j'essaie d'étaler la production en plantant en deux fois, en janvier et en mars ; néanmoins, les fraises plantées plus tardivement ont tendance à rattraper les premières, en raison des conditions météorologiques. Il est difficile de sortir de ce calendrier », note-t-elle.

Des coûts de production incompressibles

Les fraises venues d'ailleurs sont vendues encore relativement cher à cette époque de l'année ; mais plus on avance dans le calendrier, plus on se rapproche de la saison de production, et plus les prix chutent. Lorsque les fraises de Marie-Laure ou Nathalie arrivent sur les étals, la différence de prix est nette et peut faire hésiter les consommateurs au pouvoir d'achat fragile.

Mais comment agir sur les coûts de production ? Il faut investir dans la serre, bien sûr, et puis chaque année, acheter les plants, les pains de substrat, les insectes auxiliaires. Sans compter la main-d'œuvre, l'un des plus gros postes budgétaires, et un beau casse-tête pour les producteurs qui peinent à trouver une main-d'œuvre qualifiée et bon marché. « Résultat, pendant 45 jours, au moment du pic de production, je travaille douze heures par jour, sept jours sur sept », note Nathalie Moret. « Nous n'avons pas les moyens d'embaucher, et en plus, on ne trouve personne qui convienne : nous sommes donc obligés de réduire nos surfaces », explique Marie-Laure Gousseau.

Car la cueillette doit se faire avec délicatesse, à l'image du soin apporté tout au long de la production de ce fruit si fragile. « Mes fraises, ce sont mes bébés, je les bichonne, je leur donne exactement ce dont elles ont besoin, sans les gorger d'eau ou de produits », explique Marie-Laure Gousseau. Un travail minutieux et patient, le tout pour un salaire loin de frôler les sommets. Beaucoup d'heures, de fatigue, de stress pour savoir si on va tout écouler : la motivation peut s'effriter.

Seule parade trouvée par Nathalie Moret et Marie-Laure Gousseau : la vente en direct. Nathalie Moret a investi dans un distributeur automatique, qui permet aujourd'hui d'écouler les trois quarts de sa production. Marie-Laure Gousseau a créé avec Olivier, son mari, une société, Le Liseret vert, qui propose leur production ainsi que des paniers à venir chercher sur un stand de vente à Orgeval.

La vente en circuit court évite aussi le transport. Les fraises « étrangères » sont d'ailleurs souvent cueillies avant d'être mûres pour supporter les longs trajets. « Mais si elles ne sont pas mûres, elles ne sont pas bonnes ! C'est hors de question : mes fraises doivent être sucrées, goûteuses, donc cueillies à maturité », souligne Nathalie Moret. Grâce à la vente en circuit court, les deux productrices parviennent à vendre leurs fruits à des consommateurs fidèles et gourmands, qui apprécient le vrai goût des fraises.

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