Céréales
Aides d’urgence aux céréaliers : Sébastien Méry détaille le dispositif et ses limites
Alors que la filière céréalière traverse une crise inédite, le président de la FNSEA 45, Sébastien Méry, détaille le plan d'urgence de l'État, ses modalités et ses limites.
Alors que la filière céréalière traverse une crise inédite, le président de la FNSEA 45, Sébastien Méry, détaille le plan d'urgence de l'État, ses modalités et ses limites.
Trois années consécutives de revenus négatifs, une perte de chiffre d’affaires estimée à 2 milliards d’euros en 2025 : la situation économique des exploitations céréalières et protéagineux reste fortement dégradée. Dans ce contexte, Sébastien Méry, président de la FNSEA 45, a exposé les demandes portées par la profession et l’état d’avancement du plan d’urgence national.
Le constat s’appuie sur les résultats économiques des exploitations classées en Otex 15, catégorie regroupant les productions céréalières et protéagineuses. « C’est la troisième année consécutive de revenus négatifs. On estime en 2025 une perte de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour cette filière-là », affirme Sébastien Méry.
Cette situation a conduit les organisations agricoles à réclamer une reconnaissance officielle de la crise et l’activation de soutiens financiers annoncés lors des mobilisations. « Il a été demandé la reconnaissance de cet état et de cette crise économique, et l’activation d’un fonds d’urgence », résume-t-il.
Une enveloppe nationale de 40 millions d’euros
Une première traduction concrète est intervenue par circulaire ministérielle. L’État a arrêté une enveloppe nationale de 40 millions d’euros pour les exploitations spécialisées en céréales et protéagineux. « Concrètement, on parle de 35 millions de fonds d’urgence et de 5 millions pour la prise en charge de cotisations sociales », précise le président de la FNSEA du Loiret.
La profession continue à solliciter un appui européen. « On demande la réserve de crise européenne. On parle de 100 millions d’euros pour les céréaliers français, dans un cadre global de 500 millions au niveau européen », explique-t-il.
Déclinaison par régions et départements
Le dispositif repose sur une répartition progressive des crédits. « Il y a une ventilation par région, en tenant compte des zones à moindre potentiel et des surfaces de céréales », indique Sébastien Méry. Les préfets de région ont engagé des travaux pour répartir les enveloppes au niveau départemental. « Chaque département a une enveloppe », souligne-t-il.
Dans chaque territoire, le déploiement doit passer par une cellule de crise départementale réunissant chambres d’Agriculture, syndicats, centres de gestion, coopératives et établissements bancaires. « Cette cellule devra identifier les critères pour que l’aide aille à ceux qui en ont le plus besoin, avec un plafond fixé à 6 000 euros par exploitation », précise-t-il. « Une première avancée », jugée insuffisante. À ce stade, aucun montant précis n’a encore été communiqué pour le Loiret. « Compte tenu des chiffres que j’ai donnés, l’enveloppe départementale va être faible », estime Sébastien Méry.
Il salue néanmoins l’amorce d’un changement de posture : « C’est le début d’une prise de conscience des enjeux de la filière céréalière, on peut le saluer, mais ça ne répond en aucun cas à la crise ». À court terme, il insiste sur la nécessité d’activer rapidement les dispositifs : « Chaque euro compte aujourd’hui. Il faut l’activer dès maintenant pour ceux qui pourront et j’invite les exploitants à surveiller l’ouverture des demandes ». Sébastien Méry reste réaliste : « Ça ne suffira pas dans la durée pour aider les producteurs de céréales ».
Normes et fiscalité parmi les dossiers de fond
Au-delà des aides directes, Sébastien Méry rappelle que la filière attend aussi des évolutions structurelles : « Il y a tout ce qui concerne la surtransposition par rapport à nos voisins européens. Ce n’est pas de l’argent aujourd’hui, mais ça aiderait demain ».
Il évoque également la fiscalité pesant sur la production : « En France ou en Europe, on met un certain nombre de taxes à la production. J’en veux pour exemple le sujet de la MACF sur les engrais ».
Autant de chantiers qui, selon lui, devront accompagner les soutiens d’urgence alors que la profession continue de réclamer des moyens supplémentaires pour faire face à une crise qu’elle juge toujours non résolue.