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Interview de David Tourte
« Défendre l’élevage francilien, la consommation de viande et installer des jeunes »

À la suite du conseil électif d’Interbev Île-de-France, lundi 11 mai à Paris, David Tourte a été élu président. Il répond à nos questions.

David Tourte
David Tourte.
© L.G.-D./Horizons

Horizons : Qui êtes-vous ?

David Tourte : Installé en polyculture-élevage à Nanteau-sur-Lunain (sud-Seine-et-Marne) depuis 2013 sur l’exploitation familiale de 130 hectares (dont 80 hectares de céréales et 3 hectares de pommiers destinés à la production de cidre et de jus de pomme), j’y élève 35 mères vaches allaitantes de race aubrac et 60 brebis de race southdown, ainsi que leurs suites.

Administrateur de l’Organisation de producteurs (OP) Elvea Île-de-France depuis sa création en 2021 — et depuis peu élu au national —, j’ai intégré Interbev Île-de-France en 2023 comme secrétaire général.

En parallèle, je me suis investi au sein de différents organismes en lien avec l’élevage (coprésident d’Inn’ovin Centre/Île-de-France, administrateur du SIE-GRDS, président de Nos bergers d’Île-de-France depuis 2024 et de l’association Southdown, et administrateur de la FDSEA où je représente l’élevage ovin) avec pour motivation principale de défendre l’élevage francilien et la consommation de viande, ainsi que favoriser l'installation des jeunes.

À la suite de l’élection des nouveaux administrateurs d’Interbev Île-de-France lors du conseil d’administration du 11 mai, un nouveau bureau se met en place. Quelles sont les évolutions notables ?

Aux représentants des quatre collèges initiaux (producteurs, metteurs en marché, abatteurs, artisans bouchers, grossistes et GMS), des représentants de deux nouvelles familles professionnelles ont rejoint le comité régional Île-de-France : la FFCB (Fédération française du commerce de bétail) et la Fneap (Fédération nationale des exploitants d’abattoirs publics). Cela renforce la représentativité de la filière viande au sein du comité et c’est une bonne nouvelle.

Comme les statuts nous y obligent, l’alternance amont/aval pour la présidence est respectée. En effet, représentant de l’amont, je succède à Jean-Raymond Dumas, boucher.

Quels sont vos objectifs ?

Nous avons pour objectif de doubler l’élevage ovin et bovin.

Pour cela, il nous faut installer et agrandir les élevages existants en ovin. Un plan filière a été écrit en ce sens il y a deux ans. Nous devons continuer de développer l’attractivité des jeunes vers ce métier. Les journées techniques se poursuivront également.

Du côté des bovins, on part d’une page blanche, avec un premier axe qui se dessine. Les ateliers de jeunes bovins apparaissent comme la meilleure formule. Un travail sur la partie économique peut apporter un système clé en main et proposer à des céréaliers un atelier rentable. Nous y travaillons en lien avec les organismes bancaires.

Un autre enjeu porte sur l’aval avec la consommation, tirée en Île-de-France par la RHD (Restauration hors domicile). À nous de trouver des solutions pour communiquer et être acteurs. Les modes de consommation changent.

En Île-de-France, en agneaux, nous avons la chance de travailler avec le Min de Rungis. L’objectif est d’y commercialiser plus de 1 000 agneaux par an. Depuis janvier, 450 y ont été achetés à l’équilibre 100 % par le Département de Seine-et-Marne.

Nous menons également quelques opérations avec les GMS comme à la Foire de Coulommiers ou au Festival de la terre.

L’Île-de-France compte peu d’éleveurs mais c’est un important bassin de consommateurs. Les actions de communication d’Interbev que nous relayons sont essentiellement axées vers le grand public. Quelles sont-elles ?

En septembre prochain à Courpalay (Seine-et-Marne), le Festival de la terre proposera un gros pôle élevage avec un concours ovin, des bovins viande et lait, un espace d'information Interbev Île-de-France et la promotion du brie et des produits laitiers. Des jeunes du lycée La Bretonnière animeront des ateliers. Ce type d’action va dans le sens du challenge du renouvellement des générations pour tous les métiers, de l’éleveur au cuisinier.

Nous serons également présents au Village de la gastronomie du 11 au 13 septembre place de la Concorde à Paris, et un grand événement sur la viande bovine est annoncé pour 2027.

À chaque événement, nous en profitons pour mettre en avant les jeunes en formation (lycée agricole, boucherie, restauration, hôtellerie). De plus, en tant qu’interprofession nous avons des actions obligatoires vis-à-vis des élus pour leur expliquer le rôle de la filière. Alors qu’on parle de souveraineté alimentaire, les produits viennent de plus en plus de l’étranger. La décapitalisation du nombre de bovins — nous avons perdu un million de têtes en sept ans —, c’est aussi une perte de biodiversité.

La stratégie filière en région vise à enrayer cette chute à notre échelle. Un travail au sein du conseil d’administration permettra de se fixer une feuille de route à moyen et long terme.

Et du côté des professionnels, quel est votre rôle ?

En septembre, se tiendra à Fontainebleau le congrès national Elvea, l’une des familles d’Interbev, où nous serons présents en tant que partenaires.

Nous poursuivons des sessions et des tables rondes avec la RHD qui représente 670 millions de repas par an en Île-de-France. En parallèle, Interbev accompagne les opérateurs de la filière pour communiquer. 120 gros bovins et 450 agneaux ont pu être servis en Seine-et-Marne l’an passé dans les cantines, 130 gros bovins viande et lait dans les Yvelines.

N’oublions pas les masterclass que nous organisons dans les lycées hôteliers, où nous proposons des démonstrations de découpe de viande. Ces interventions répondent à une perte progressive de compétences, les élèves travaillant de plus en plus souvent avec de la viande déjà découpée. Puis les jeunes réalisent une recette à base de viande bovine.

Des interventions ont également lieu dans les établissements scolaires. Des visites d’exploitations et d’abattoirs — Interbev finance les cars — sont également organisées. Le but étant aussi de faire disparaître le fossé entre l’amont et l’aval, et faire connaître les métiers.

Le travail avec Max Havelaar est aussi un bon moyen de fournir de la viande locale équitable qui rentrera dans Egalim. Une expérimentation unique est menée en Île-de-France.

Enfin, nous travaillons également avec la restauration commerciale en apportant aux commerciaux des arguments en faveur de la viande française et en organisant des visites à la ferme.

Voir aussi Interbev : une session RHD de collectivité

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