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Élevage
Une filière équitable viande bovine en Île-de-France avec l'ONG Max Havelaar

L'ONG Max Havelaar, l'organisation de producteurs Elvéa Nos bovins d'Île-de-France et la Caisse des écoles du 20e arrondissement à Paris s'associent pour lancer une filière équitable viande bovine dans la région.

En fin d'année scolaire, l'ONG Max Havelaar a lancé une expérimentation avec l'organisation de producteurs (OP) Elvéa Nos bovins d'Île-de-France et la Caisse des écoles du 20e, qui fournit les cantines dudit arrondissement parisien. L'objectif affiché est de construire une filière viande bovine labellisée commerce équitable et ainsi garantir une rémunération décente aux éleveurs franciliens, tout en approvisionnant les cantines avec une viande de qualité et locale.

Ce projet s'appuie sur une relation commerciale déjà existante entre les éleveurs et la Caisse des écoles du 20e. « Cela limite les risques que la démarche équitable ne trouve pas preneur », explique Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. « Le principe de l'équitable intéresse beaucoup, mais l'une des grandes difficultés est le passage à l'acte des clients », affirme-t-il.

C'est au dernier Salon international de l'agriculture que ces différents acteurs se rencontrent. Tous veulent « trouver des solutions pour garantir la rémunération des agriculteurs sur le long terme », précise Jules Colombo, responsable des filières françaises à Max Havelaar. « Malgré la hausse des prix actuels sur la filière viande bovine, c'est la filière qui a le plus souffert des difficultés de rémunération depuis dix ans. En France, le seuil de pauvreté des agriculteurs est en moyenne à 16 % alors que pour la filière viande bovine, c'est 21,5 % », ajoute-t-il. Un constat que partage Philippe Dufour, président de l'OP Elvéa Nos bovins d'Île-de-France. « Les prix du marché n'ont jamais été aussi élevé, mais nous ne savons pas comment ils seront dans le futur », dit-il.

Un prix plancher

Face à ce constat, l'idée est donc de créer une filière équitable à l'échelle régionale, qui en plus répondrait aux attentes législatives. La loi Climat et résilience de 2021 impose 50 % de produits durables aux restaurations collectives dont 30 % de produits labellisés tels que les AOP,  Label rouge, mais aussi les labels équitables. « Il y a une forte volonté de la Caisse des écoles du 20e d'aller sur l'équitable et sur la consommation responsable. Nous travaillons déjà avec eux sur d'autres filières équitables françaises. Nous voyons du sens à dupliquer notre dispositif sur la viande bovine où il y a déjà une filière identifiée avec l'OP Elvéa », détaille Jules Colombo.

En apportant une certification équitable, l'ONG Max Havelaar fixe également des règles pour les entreprises. La première est la définition d'un prix plancher, en dessous duquel l'acheteur ne peut pas descendre. Il sera fixé par Max Havelaar tous les ans, explique le salarié de l'ONG : « Il y a une phase de consultation avec les éleveurs en Île-de-France pour aboutir à la définition d'un prix minimum. C'est important que Max Havelaar, en tant qu'ONG, tiers indépendant, nous prenions notre rôle pour fixer ce prix. Il ne faut pas laisser ce prix dans les négociations. Pour le définir, nous nous basons sur les coûts de production des agriculteurs, sur des données comptables qui viennent de différentes sources. Nous prenons également en compte le coût de la transition agroécologique parce qu'il faut donner les moyens aux agriculteurs de réaliser cette transition. Il n'y a pas de prise de décision de Max Havelaar sur le prix minimum sans avoir consulté les agriculteurs. »

Bénéficier à l'ensemble de la région

La deuxième règle imposée consiste en une prime d'environ 5 % du prix minimum versé à l'achat. « Elle sera dédiée à l'organisation de producteur des éleveurs bovins d'Île-de-France pour se structurer, pour engager la transition agroécologique et pour financer tous les à-côtés qui peuvent permettre aux agriculteurs de vivre mieux tels que des jours de remplacement », précise le responsable des filières françaises à Max Havelaar. « Nous vérifierons que cette prime soit payée et qu'elle rentre dans les principes fixés, mais nous tenons à ce que ce soit les agriculteurs certifiés qui décident de son utilisation et non les acheteurs », ajoute-t-il.

Le temps de mettre en place et de faire respecter un cahier de charge, la viande proposée par les cantines scolaires du 20e arrondissement de Paris devrait donc être labellisée équitable d'ici la fin de l'année scolaire 2025-2026, peut-être même dès la fin d'année civile. Cette démarche pourrait ensuite bénéficier à l'ensemble de la région Île-de-France. « À partir du moment où l'organisation de producteurs a la certification équitable, elle peut trouver d'autres marchés », précise Jules Colombo. Et d'ajouter : « D'autres restaurations collectives pourront les solliciter pour garantir à leurs citoyens qu'elles achètent de la viande équitable et qu'elles maintiennent l'élevage en Île-de-France. »

Au-delà de l'enjeu de la restauration, ce label pourrait également favoriser l'élevage dans la région. « Quand on soutient un élevage dans une région qui n'est pas spécialisé dans ce domaine, on fait de la transition agroécologique, à condition de mettre des règles dans le cahier des charges », détaille le responsable des filières françaises à Max Havelaar. « Quand on assure une rémunération équitable aux agriculteurs dans des régions où l'élevage est en train de disparaître, on maintient l'élevage et donc on maintient des prairies. Il y a 4 millions de prairies qui ont disparu depuis 40 ans en France. Il y a des co-bénéfices entre élevage et agriculture végétale, qui font qu'il y a des interdépendances nécessaires à la transition agroécologique », complète-t-il.

Les enjeux sont importants pour l'élevage francilien, notamment face à l'accord UE-Mercosur. « Aujourd'hui, 55 % de la viande de restauration collective est importée. Le commerce équitable de viande bovine en Île-de-France est une manière d'apporter des garanties et des certitudes », admet Jules Colombo. Il faut encore convaincre les collectivités territoriales pour développer cette filière.

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