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Récoltes, travail du sol et semis perturbés par le manque de GNR

Entre l'augmentation vertigineuse des prix du gaz et de l'électricité et la pénurie de carburant, la profession agricole souffre de nombreuses difficultés sur le plan énergétique ces dernières semaines. Exploitants de grandes cultures, horticulteurs et arboriculteurs témoignent de leur quotidien devenu un véritable casse-tête pour tenter de s’adapter.

Les semis d'automne se déroulent dans un contexte de pénurie de carburant particulièrement pénalisant pour les ­exploitants de grandes cultures.
Les semis d'automne se déroulent dans un contexte de pénurie de carburant particulièrement pénalisant pour les ­exploitants de grandes cultures.
© M.G. - Horizons

La période automnale, celle où s'entrechoquent récoltes et semis, est cruciale pour l'agriculture céréalière francilienne. Récolte du maïs, des betteraves et du sorgho, travail du sol, semis des blés et escourgeons… Les travaux en plaine battent leur plein et la consommation de GNR explose. Le scénario d'une pénurie de carburant à ce moment de l'année est alors le pire cauchemar des exploitants. Il est pourtant devenu réalité depuis presque trois semaines maintenant, mettant en difficultés bon nombre d'agriculteurs.

Dans le sud des Yvelines, à ­Sonchamp, David Vallée fait partie de ceux que la pénurie met le plus à mal. Déjà très fortement touché par la grêle de juin dernier, qui avait anéanti une grande partie de sa récolte, l'agriculteur comptait sur cette nouvelle campagne pour se relancer. La période de semis est optimale, les conditions sont plutôt favorables… mais le tracteur est à sec. « J'avais commandé 6 000 litres en septembre et je n'avais été livré que de 4 500. J'ai bien senti que j'allais me retrouver rapidement à court et, lorsque la grève a été lancée, j'ai multiplié les appels auprès de mon fournisseur qui me disait qu'il avait cinquante clients à livrer avant moi ! Le dépôt de Coignières ­(Yvelines) manque de matière. Mon fournisseur envoie des camions à La Rochelle ­(Charente-Maritime) pour s'approvisionner. C'est complètement fou comme ­situation ! »

Lire aussi : L'horticulteur Christophe Jarry subit de plein fouet la crise énergétique

La solidarité agricole au rendez-vous

Ces derniers jours, si David Vallée est parvenu à semer quelques hectares, c'est grâce à la solidarité de ses voisins agriculteurs qui ont pu lui dépanner du GNR en attendant sa livraison. « J'avais commandé 5 000 litres mais mon fournisseur rationne finalement à 2 000 litres par livraison. Je devrais être livré prochainement mais à raison d'une consommation de 700 litres par jour, je ne vais tenir que quatre jours avec cette livraison et — entre mon exploitation et celle de mon associé avec qui j'ai le matériel en commun — il me reste 150 hectares à semer ». Malgré cette prochaine livraison, David Vallée est donc loin d'être serein. « Le niveau de stress est important car j'avise au jour le jour. C'est inadmissible que l'agriculture française se retrouve dans cette situation », tranche ­l'agriculteur.

Lire aussi : La facture d'électricité de l'arboriculteur Fabien Vassout pourrait tripler

Des prix exorbitants

À l'autre bout de l'Île-de-France, dans le Val-d'Oise, Geoffroy ­Seynhaeve, à la tête de son exploitation et d'une ETA, est lui aussi victime du manque de carburant. À Fontenay-en-Parisis, l'agriculteur a d'ailleurs dû faire des choix inédits : délaisser la récolte de son maïs pour se concentrer sur les semis. « Cette pénurie intervient au pire moment, souligne-t-il. Avant la pénurie, j'avais un stock de 8 000 litres, mais à raison d'une consommation de 1 500 litres par jour entre les récoltes de maïs et les semis, les réserves se sont vite épuisées, j'ai dû siphonner mon matériel à l'arrêt et faire des choix dans les travaux réalisés car mon fournisseur me rationne désormais à 1 000 litres par livraison. Autant dire que cela ne me permet pas de travailler correctement. Sans compter les prix qui frôlent désormais les deux euros le litre ! L'impact est colossal dans la trésorerie car c'est un budget qui n'était pas du tout prévu et qu'il est très difficile de répercuter sur les prestations ». À ce jour, ­Geoffroy Seynhaeve n'a pas de visibilité sur le déroulé de ses semis qu'il entame tout juste. L'agriculteur n'a aucune date de livraison et sa cuve affiche 125 petits litres d'autonomie.


Sur le même sujet, lire aussi « Notre souveraineté alimentaire mise en danger par la pénurie »

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