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En Caf, l’inquiétude gagne l’ensemble du monde agricole francilien

Réuni à Paris lundi 11 mai, le Conseil de l’agriculture francilienne (Caf) a dressé un constat particulièrement alarmant de la situation économique des exploitations céréalières. Les débats autour du projet de loi d’urgence cristallisent également de fortes inquiétudes.

Une fois n’est pas coutume, le Conseil de l’agriculture francilienne (Caf) a réuni autour de la table l’ensemble des acteurs du monde agricole* afin de travailler collégialement sur les dossiers brûlants du moment. Et ce lundi 11 mai, à Paris, les inquiétudes exprimées ont rarement été aussi fortes.

Sous l’impulsion du président du Caf, Samuel Vandaele, les échanges ont débuté par l’intervention de David Motheron, responsable du développement de la filière agriculture au Crédit agricole d’Île-de-France. D’emblée, le ton est donné : « Nous faisons face à une situation inédite, avec des dossiers de plus en plus complexes. Un certain nombre d’exploitations sont en difficulté, voire en très grande difficulté. On commence à observer des arbitrages dans les assolements. Les agriculteurs n’ont plus aucune perspective. C’est une véritable bombe à retardement ».

Un constat partagé par Laurent Pilette, directeur de la MSA Île-de-France : « Nous voyons les difficultés arriver. Le premier appel de cotisations 2026 a été réduit de près de 30 % par rapport à l’an passé, ce qui signifie que les revenus des agriculteurs continuent de chuter fortement. La MSA accompagne les chefs d’exploitation grâce à deux dispositifs de prise en charge des cotisations, mais cela ne sera évidemment pas suffisant ».

Face à cette dégradation rapide de la situation, Samuel Vandaele s’interroge : « Il existe une forme d’omerta autour des difficultés rencontrées sur le terrain. Les agriculteurs se renferment sur eux-mêmes, font parfois l’autruche ou refusent de se faire connaître. Compte tenu du contexte économique, nous allons vers des catastrophes. La vraie question est de savoir comment aller chercher ces chefs d’exploitation pour leur apporter l’aide et l’accompagnement nécessaires ».

Si la cellule Réagir, pilotée par les préfectures, assure déjà un travail de veille et d’accompagnement, les membres du Caf ont collectivement évoqué la nécessité de solliciter rapidement les services de l’État afin de mettre en place un dispositif spécifique de repérage, de suivi et d’accompagnement des exploitants les plus fragilisés.

Les betteraves « en première ligne »

Le président de la CGB Île-de-France, Cyrille Milard, est ensuite revenu sur la situation betteravière, déjà évoquée dans notre édition du 7 mai : « L’Île-de-France est aujourd’hui la région la plus touchée par la présence des pucerons. L’ensemble des planteurs situés au sud de Paris en sont désormais à quatre traitements, avec des efficacités toutes relatives. Nous ne sommes pas encore au niveau de 2020, mais le spectre plane fortement. Les perspectives sont très inquiétantes, à la fois pour la campagne en cours mais aussi pour l’avenir de la filière et des outils industriels, car de nombreux planteurs ne se relèveront pas d’une nouvelle mauvaise année ».

Selon la CGB, les équilibres économiques deviennent intenables : « Pour couvrir les quatre passages, il faudrait que les planteurs soient rémunérés au minimum 35 euros la tonne. Et si l’on intègre la hausse du GNR, il faudrait atteindre 40 euros la tonne », précise Cyrille Milard, conscient toutefois que « ce sera très difficile ».

Loi d’urgence : la bataille est rude

En fin de réunion, les membres du Caf ont accueilli Romane Sagnier, chargée des affaires publiques à la FNSEA, pour un point d’étape sur l’examen du projet de loi d’urgence au Parlement. Elle est revenue sur les discussions menées ces derniers jours en commissions Développement durable et Affaires économiques : « La commission Développement durable a adopté plusieurs amendements jugés inquiétants pour le monde agricole, notamment l’introduction d’une notion de sobriété à l’hectare en matière d’irrigation, ainsi qu’un coefficient multiplicateur de cinq sur la redevance pour pollutions diffuses ».

Autre point de crispation : l’article 2 du texte, sur lequel la profession comptait pour permettre la réintroduction de l’acétamipride et de la flupyradifurone, a été déclaré irrecevable. « Nous représenterons évidemment le sujet au Sénat, mais il existe désormais un risque non négligeable que le Conseil constitutionnel le retoque », a-t-elle indiqué.

L’examen du projet de loi en séance publique débutera le 19 mai à l’Assemblée nationale, avant un passage attendu au Sénat autour du 22 juin. Une commission mixte paritaire pourrait suivre, avec une adoption espérée d’ici juillet.

Mais la FNSEA anticipe déjà des débats particulièrement tendus. « Nous craignons une obstruction parlementaire, avec des milliers d’amendements qui pourraient repousser l’examen du texte à l’automne », conclut Romane Sagnier.


*Syndicats, chambre d'Agriculture, centres de gestion, coopératives, banque, assurance, MSA.

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