Trufficulture
La truffe, entre patience et exigence
Réunie en assemblée générale le 18 juin, l’Association des trufficulteurs Beauce-Val de Loire a dressé le bilan d’une saison moins généreuse en volumes, mais riche en projets.
Réunie en assemblée générale le 18 juin, l’Association des trufficulteurs Beauce-Val de Loire a dressé le bilan d’une saison moins généreuse en volumes, mais riche en projets.
La truffe garde sa part de mystère. Les trufficulteurs le savent mieux que personne : une plantation peut être suivie, entretenue, observée, sans que la récolte ne réponde toujours aux attentes. La campagne 2025-2026 l’a rappelé aux adhérents de l’Association des trufficulteurs de Beauce-Val de Loire, réunis en assemblée générale jeudi 18 juin.
Moitié moins de truffes
Environ 120 kg de truffes ont été récoltés cette saison, contre 240 kg l’année précédente. Une baisse de moitié, qui s’explique par les aléas propres à cette culture. La truffe dépend du sol, des arbres, de la pluviométrie, des températures, mais aussi du travail mené sur plusieurs années. Comme l’a rappelé la présidente Marie-Christine Ligouis, il faut aussi accepter que, dans ce domaine, « c’est Dame nature qui décide ».
L’association compte aujourd’hui 51 adhérents. Le Loiret reste le cœur du réseau, avec 27 membres dans le département. Les autres se répartissent en Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Essonne et Yonne. Au total, les truffières suivies représentent 56 hectares, dont 24 en production. Ces chiffres montrent une filière encore discrète, mais installée sur le territoire.
Orléans, un marché exigeant
Dans cette saison plus courte en volumes, le marché à la truffe d’Orléans (Loiret) a constitué l’un des temps forts de l’année. Organisé le 17 janvier au Jardin des plantes, il a accueilli 540 visiteurs et sept exposants. Malgré le manque de truffes et l’absence de plusieurs producteurs, le rendez-vous a été une vraie réussite. Ce marché repose sur un cadre strict. Les producteurs ne viennent pas seulement vendre : ils doivent respecter un cahier des charges. Les truffes sont contrôlées avant la mise en vente, afin de garantir leur maturité et leur qualité. « Il est obligatoire d’avoir fait la formation reconnaissance de truffe pour y participer », explique Marie-Christine Ligouis. Cette exigence permet de sécuriser l’achat et de valoriser le travail des producteurs. Elle permet aussi de mieux expliquer la truffe au public. Car derrière le prix du produit, il y a des années d’attente, du suivi en truffière, le travail du chien, la récolte, le tri et le contrôle. Le marché devient alors un lieu de vente, mais aussi de pédagogie.
Le marché de Blois (Loire-et-Cher), prévu le 7 février dernier, a dû être annulé faute de truffes disponibles. L’association prépare déjà la prochaine saison. Le marché d’Orléans est annoncé pour le 16 janvier 2027, toujours au Jardin des plantes, pour une sixième édition. Celui de Blois est programmé le 6 février 2027.
Former les adhérents
L’assemblée générale a aussi permis de faire le point sur les actions de formation. La formation de contrôleurs reste d’actualité, avec un adhérent en première année et deux en deuxième année. Leur confirmation est prévue à l’issue d’un contrôle fin 2026. La reconnaissance des truffes figure aussi parmi les priorités. Un calendrier doit être proposé aux adhérents. Savoir identifier une truffe, juger sa maturité, repérer les défauts et classer correctement les lots fait partie des compétences nécessaires pour participer aux marchés et maintenir un bon niveau d’exigence.
Le chien garde une place centrale. L’Association des trufficulteurs de Beauce-Val de Loire recense 31 chiens confirmés. Une formation autour du dressage a été évoquée, afin d’accompagner les adhérents dans le cavage. Là encore, l’objectif reste concret : mieux chercher, mieux récolter et préserver les truffières.
Travailler en commun
L’association veut aussi poursuivre les commandes groupées, notamment pour le réensemencement et les arbres truffiers. Le contrôle des balances, à réaliser tous les deux ans, a également été évoqué. Ces sujets peuvent sembler techniques, mais ils comptent dans la vie quotidienne des producteurs. La mutualisation du matériel reste un autre axe de travail. L’utilisation de rotatives, le fonctionnement du groupe et l’organisation de démonstrations doivent permettre aux adhérents de comparer les outils et d’adapter leurs pratiques. Dans une production où beaucoup s’apprend par l’expérience, ces temps d’échanges gardent toute leur importance. Les visites menées au cours de l’année vont dans le même sens. Les adhérents se sont rendus aux Pépinières Naudet, à Cheu, le 14 novembre 2025, ainsi que dans une truffière de Bourgogne. Ces déplacements permettent de voir d’autres pratiques, de poser des questions et de nourrir les choix de chacun. L’association a enfin relayé le projet SporTruf, une enquête sur les pratiques en trufficulture coordonnée par l’Inrae et financée par FranceAgriMer. Les adhérents sont invités à y participer afin de mieux documenter les itinéraires techniques et les réalités de terrain.
Faire connaître la truffe locale
La saison à venir s’annonce donc autour de plusieurs axes : formation, reconnaissance des truffes, marchés, matériel partagé et nouvelles plantations. La trufficulture avance à son rythme, avec des résultats qui ne se lisent pas toujours d’une année sur l’autre.
En Beauce-Val de Loire, elle reste une production de passionnés, souvent complémentaire d’autres activités. Mais les marchés, les formations et le travail collectif lui donnent une visibilité croissante. Après une récolte moins abondante, les trufficulteurs gardent leur ligne : produire avec exigence, faire connaître la truffe locale et consolider un réseau déjà bien ancré dans le territoire.
Voir aussi Zoom sur l'association des trufficulteurs de Beauce Val de Loire